Les ailes collées – Sophie De Baere – éditions Jean-Claude Lattès

Juillet 2003 : Paul épouse Ana. Jeunes mariés et futurs parents, ils sont tout à leur bonheur. Soudain, au milieu du cercle restreint assistant à la cérémonie, des invités font leur entrée. Une surprise d'Ana pour son mari. Au cœur de ce petit groupe, Joseph apparaît, vingt après avoir disparu de la vie de Paul. Celui-ci chancelle, les souvenirs douloureux assaillent sa mémoire. L'été 1983 revient le hanter...

De la rencontre de Paul et Joseph aux drames qui vont se succéder, Sophie de Baere explore avec brio plusieurs territoires : celui du couple (le couple de Blanche et Charles est saisissant) de la famille avec ses non-dits, de la place de chaque enfant dans une famille (Cécile, la petite sœur va subir par ricochet la violence familiale et scolaire), de l'addiction, de l'école avec le harcèlement scolaire, celui de l'adolescence, de l'impossibilité de parler, des signaux qui n'alertent personne, au cœur de ces années 80, alors que le Sida faisait son apparition.

Avec les destins mêlés de la famille Daumas et de Joseph Kahn, ce sont mille émotions qui jaillissent. Paul prend une machine à remonter le temps, égrainant les moments de douleur, de désespoir, d'humiliation, au cœur de son chaos intérieur,

Comment vous parler du final déchirant dans lequel les mots de Joseph nous laissent les joues et les yeux mouillés, mais dans l'espoir que Paul puisse avancer de nouveau ?...

Vous ne ressortirez pas indemnes de la lecture du troisième roman de Sophie de Baere  «Les ailes collées», car Joseph et Paul sont de ces personnages qui ne nous quittent pas une fois le livre refermé. Ils peuvent être nos fils, nos frères, nos neveux, nos cousins, ceux que nous avons envie de prendre sous nos ailes, de protéger des harceleurs et de cette violence constamment infligée à celui ou celle qui est «différent (e)».

Extraits :

«C’est trop fatiguant de n’avoir ni branches ni racines. Dans l’existence, il faut parfois faire table rase de sa propre histoire pour pouvoir devenir quelqu’un, rejoindre une vie qui attend.»

«Il ne froisserait pas les mots doux du début, il les garderait en vie.»

«Paul est en train de réaliser avec douleur qu’il est faux de dire que le passé, c’est le passé. En réalité, les souvenirs contiennent déjà l’avenir ; ils s’y diluent et, de leurs yeux rouges et mouillés, le colorent. L’avenir n’est pas une page blanche.»

«Tu vois,te regarder en ce moment, c’est un peu comme observer un robinet qui fuit et ne rien faire. Tu sais d’avance qu’il va forcément y a voir un jour où tu devras t’en occuper mais tu fais l’autruche et tu ne répares pas. Alors la question est toujours la même dans ces cas-là : combien de temps avant que les dégâts, Paul ? Combien de temps avant que les dégâts soient irréversibles ? »

«Il fait croire que tout peut toujours recommencer».

Lundi 7 février 2022 –

3020

3 réflexions sur “Les ailes collées – Sophie de Baere

Comments are now closed.