L’armée d’Edward – Christophe Agnus –

L’armée d’Edward – Christophe Agnus – éditions Robert Laffont

Quelque part dans le monde : une immense salle. Des écrans. Le tout supervisé par une équipe ressemblant à des militaires. Ce groupe inconnu prépare une opération de grande envergure, sur l'ensemble de la planète.

Brésil : Un sénateur et businessman disparaît lors de son bain de mer matinal. 

Floride : Mick Faeker, le Président des Etats Unis disparaît. Sur son parcours de Golf préféré, au niveau du trou numéro 1, la terre s'est ouverte en quelques secondes, happant l'homme politique. Affolement général au sein de son équipe. Cette disparition ne doit pas s'ébruter.

Au total 20 personnalités vont subir le même sort, toutes enlevées à travers le monde de manières spectaculaires. Les médias, les politiques, les manipulés, les manipulateurs,  se lancent dans une  course contre la montre, une chasse à l'homme jamais vue... Que se passe-t-il ? Qui est derrière ces actes ? Que veut cette mystérieuse armée d'Edward ? 
C'est lundi ! Que vous soyez en vacances -ou pas- ajoutez ce roman impressionnant et passionnant à votre pile à lire ! Fascinant par sa construction -un air de 24 Heures Chrono- Passionnant par les sujets traités (la politique, l'immobilisme climatique et social, le monde des affaires, les médias, l'avidité du pouvoir, de l'argent... et tant d'autres). La narration s'étale sur vingt et un jour, l'enquête est détaillée, avec au menu une plongée au cœur de notre siècle, via trois angles : la politique, les nouvelles technologies, la protection de l'environnement ;  le tout de façon très cinématographique !

Petit-fils de capitaine au long cours, fils de sous-marinier et breton de surcroît, l'auteur rend un hommage à cet élément fascinant qu'est l'eau, à travers la mer, cette ressource épuisable, l'or de notre 21ème siècle. Enfin, je ne peux finir cette chronique sans mentionner les clins d’œil à Jules Verne tout au long du roman...

Lundi 18 juillet 2022

Changer de ciel pour mieux voir les étoiles – Sandra Martineau

Changer de ciel pour mieux voir les étoiles – Sandra Martineau – XO éditions

«Où que tu ailles, c’est toi que tu retrouves»

Lorsque Chloé Édouard, vingt-neuf ans, romancière à succès arrive dans le village de Maintenant, au cœur de la Sarthe, les habitants lui réservent un accueil dès plus hostile. Parisienne pur jus, la jeune femme vient d’apprendre la mort de sa grand-mère, alors qu’elle pensait celle-ci décédée depuis longtemps. Le séjour de la jeune femme à Maintenant va être très compliqué, car entre l’accueil des villageois qui souhaitent dans leur majorité la voir repartir à Paris, et les non-dits liés à son histoire familiale, la vie de Chloé va subir de nombreuses turbulences !

«Changer de ciel pour mieux voir les étoiles» est mon premier coup de cœur de l’été ! Sandra Martineau signe une très jolie comédie, légère, drôle, tendre et touchante à la fois. Partez à la rencontre d’Elisabeth, Bastien, Madeleine, Jean-Pierre, sans oublier Simon, dont l’histoire se tisse ligne après ligne, rebondissements après rebondissements, pour offrir aux lectrices et lecteurs un voyage littéraire entre rires et larmes.

Au final, un roman à glisser dans votre valise d’été !

Vendredi 15 juillet 2022

Les Étés de Grande-Maison – Nathalie de Broc

Les Étés de Grande-Maison – Nathalie de Broc – Éditions Presses de la Cité (2019)

«Les Étés de Grande-Maison» est un roman captivant dans lequel Nathalie de Broc tisse le destin d'une petite fille en 9 étés. Ceux qu'elle partage avec sa famille bretonne, ceux durant lesquels elle observe la lente explosion de cette famille qu'elle ne côtoie que deux mois dans l'année, au cœur d'une demeure bourgeoise : «Grande-Maison». 

Le roman commence avec le 11 septembre 2001. Nina ne répond pas à un appel téléphonique...

Flash-back : Nina vit en banlieue parisienne. Sa mère travaillant et vivant à Londres, c'est Mamita qui s'occupe d'elle toute l'année, sauf pendant les deux mois d'été. Deux mois précieux que la petite fille attend avec impatience, car elle y retrouve sa famille maternelle :  les Bremeur-Duval. Au cœur du domaine familial de  «Grande-Maison», Nina retrouve Claude sa cousine, Bon-Papa, Bonne-Maman, oncles et tantes, mais surtout sa flamboyante Tante Sacha, avec laquelle elle entretient un lien indéfectible. Fascinée par cette famille superficielle qui ne se mêle à personne, ne tolère ni écart de conduite, ni écart de langage,  Nina tente de s'adapter, de comprendre...et affronte son propre chemin, fait comme celui des Bremeur-Duval de non-dits, de secrets, de colères et de violences larvées. 

Formidable fresque familiale, Les «Étés de Grande-Maison» est le roman parfait pour échapper au flux actuel d'annonces plus sombres les unes que les autres. Embarquer vers la Bretagne et cette splendide demeure de «Grande-Maison», c'est découvrir au rythme de la grande Histoire les crises de jalousies, les joutes verbales, le goût du «paraître», celui des dîners où les tenues correctes sont exigées, sans oublier le besoin d'émancipation de certains membres des Bremeur-Duval, pour survivre ;  sans oublier de belles histoires d'amour...

Au final, un roman avec un petit côté «Dowtown Abbey breton» que je vous conseille vivement, si vous ne l'avez pas encore lu !

Je vous donne rendez-vous dans quelques jours, pour découvrir une interview de Nathalie de Broc !

 Lundi 6 juin 2022

Le passage de l’été – Claire Léost

Le passage de l’été – Claire Léost – Éditions Jean-Claude Lattès

1994, au cœur de la Bretagne, dans un petit village de sept cent habitants nommé  «Le Bois d'en Haut», l'histoire débute avec deux enterrements. Sous le regard  des habitants du village, deux familles écrasées par le chagrin enterrent une mère pour l'une, un père pour l'autre. Que s'est-il passé ? C'est avec trois prénoms que la romancière répond à cette question. Hélène, Marguerite, Odette. Avec une plume ciselée, la romancière tisse trois chemins de femme, au cœur d'une Bretagne baignée par les mystères et les croyances. 

Quels liens existent-ils entre une jeune fille de seize ans, une professeure et une jeune fille de 1944 ? Comment trois vies peuvent-elles être foudroyées ?

Marguerite, professeure de français venue de Paris s'installe au «Bois d'en Haut» pour un remplacement.  L'avenir d'Hélène, seize ans,  est chamboulé par cette rencontre.  Celle dont le destin semblait tout tracé :  s'unir à Yannick, son ami d'enfance et devenir l'institutrice du village ; l'excentricité et les cours de cette nouvelle enseignante vont aiguiser son appétit d'ailleurs et son désir d'émancipation... 

En s'installant et travaillant au «Bois d'en Haut», Marguerite suscite la curiosité de nombreuses personnes. Son mari écrivain, sa petite fille,  et son niveau de vie attisent jalousies et rivalités...

Enfin, troisième destin, celui d'Odette Bozec, nous sommes en 1944,  la fille du «Docteur des pauvres» se retrouve seule, et part vers Paris, afin de rejoindre une tante...


D'une plume ciselée, Claire Léost offre une histoire bouleversante et addictive. «Le passage de l'été» est le second roman de Claire Léost.  Il a été récompensé par le Prix Bretagne 2021.

Extrait : 
"Lors de leurs promenades en forêt, l'été d'avant, il lui avait confié : élever des enfants, c'est les aimer de toutes ses forces pour qu'un jour ils vous quittent. Un jour tu me quitteras. Tu n'auras pas peur car tu sauras que je t'ai aimée.

Mais Papa, c'est toi qui me quittes, et moi, je fais comment maintenant ?"

Lundi 30 mai 2022

La maison de Bretagne – Marie Sizun

La maison de Bretagne – Marie Sizun – éditions Arléa

Avec «La maison de Bretagne» Marie Sizun peint le destin d'une famille composée de quatre femmes. Berthe, la grand-mère -veuve très tôt- Anne-Marie, mère de Claire et Armelle, abandonnées toutes les trois par un homme en quête de gloire artistique. Après le choc du départ, le chagrin d'Anne-Marie laisse la place au silence, à la colère qu'elle retourne quelquefois sur ses filles.

Tout commence avec la décision de Claire. Elle souhaite se débarrasser de «La maison de Bretagne», surnommée «La maison des veuves» par les gens du village. Cette maison mise en location depuis le décès de sa mère, cette demeure dont les vacanciers se plaignent de la vétusté. Un lieu à distance de sa vie, comme celle prise par sa sœur, en refusant cet héritage douloureux.

Claire prend la direction de la Bretagne, afin de se débarrasser de cette propriété encombrante. À son arrivée, un cadavre trouvé dans la petite chambre, celle de Berthe, puis d'Anne-Marie  va bousculer sa semaine, sa vie, ses souvenirs...
 
Ce treizième roman de Marie Sizun est l'histoire d'une famille brisée, d'une maison bancale. Aux couleurs de l'abandon, du deuil, et des non-dits, s'ajoutent celles de la Bretagne que l’œil de la peintre Marie Sizun décrit à merveille !

Ce roman a été récompensé par le Prix de l’Académie de Bretagne et des Pays de la Loire 2021.


Lundi 23 mai 2022

Café-Librairie Le Temps de Vivre – Le Faouët

Régulièrement, grâce à mon activité au sein des Petits Mots des Libraires, je vais visiter des librairies bretonnes. Fin avril, je suis partie au cœur du pays du Roi Morvan, dans la jolie ville du Faouët, afin de découvrir «Le Temps de Vivre», un café-librairie ouvert depuis octobre 2021.

Les nombreux habitants de ce coin de Bretagne ne s’y trompent pas en lui réservant ainsi qu’à Isabelle Nguyen et son équipe, un accueil chaleureux depuis le jour de l’ouverture ! Situé face aux splendides Halles datées du XVIème siècle, impossible de manquer «Le Temps de Vivre» avec sa terrasse en bois sur laquelle il fait bon savourer sa lecture accompagnée d’un thé.

200 m2 sur deux étages, un fond littéraire de 5000 références pour petits et grands, sans oublier le point restauration, ouvert depuis quelques semaines. « Le Temps de Vivre» est un joyau situé au cœur de la ville du Faouët. Après 25 années à Paris, Isabelle Nguyen, s'(offre) un lieu attachant, source de joies, pour l’ensemble des habitants de ce coin de Bretagne. Le jour de mon passage, c’est la romancière Nathalie de Broc qui était présente avec son dernier ouvrage (L’oublié de dieu).

«Le Temps de Vivre» est situé au 23 rue du Soleil, au Faouët (56320), Isabelle et son équipe vous accueillent du mardi au samedi. Surveillez-bien l’agenda, car de nombreuses animations rythment la vie de ce café-librairie !

Lundi 16 mai 2022

Des matins heureux – Sophie Tal Men

Des matins heureux – Sophie Tal Men – Éditions Albin Michel

Au cœur du quartier de Montparnasse, entre le cimetière, une pâtisserie, un pub, et deux appartements, trois vies vont se croiser. Trois êtres vont apprendre à se connaître, vont se secourir. Trois âmes vont faire rimer amitié, amour et solidarité.

Elise, dix-neuf ans, a été brisée, elle tente de survivre à la terrible épreuve de la rue en se réfugiant dans un noctilien. Lors de ses nuits de solitude, elle croise souvent un photographe.

Secret, culpabilité. Deux mots qui peuvent qualifier Guillaume. Que s'est-il passé dans la vie de ce barman au look barbu et chevelu, pour que celui-ci se réfugie dans le mutisme, lorsque les questions fusent ? 

Enfin, il y a Marie, gynécologue de profession et tornade au grand cœur. La meilleure amie de Gabriel arrive pour six mois à Paris, emménage dans l'appartement de Margaux, situé au-dessus de la pâtisserie de Raphaël, le cousin de celle-ci. Un poste l'attend dans le service du Docteur Ward, afin de perfectionner son savoir sur la reconstruction mammaire.

«Des matins heureux», le nouveau roman de Sophie Tal Men est un roman particulier. Les personnages de la romancière n'évoluent pas dans un univers hospitalier breton, mais au cœur de Paris, dans le quartier le plus breton qu'il soit : Montparnasse. Les êtres se croisent, se rencontrent, s'apprivoisent, s'entraident, comme des amis de longues dates. L'air breton souffle sur le quartier, réchauffe les cœurs, insuffle une dose d'amour et d'amitié afin de renouer avec la Vie, sans oublier de nourrir les estomacs vident avec les fameuses pistaches-cacahuètes du désormais célèbre «Gobe-Mouches»!

En choisissant  de délocaliser son histoire au cœur d'un quartier cher aux personnes qui ont le cœur en Bretagne, Sophie Tal Men livre en ce printemps 2022 un excellent roman ! (oserais-je dire le meilleur ? Oui !) 

Découvrez le vite (si cela n'est pas encore fait)!

  Lundi 9 mai 2022

Les pépins de grenade – Sarah Briand –

Les pépins de grenade – Sarah Briand – Éditions Fayard

Andrew habite aux Etats-Unis, Salomé vit à Paris. Ils se croisent sous le soleil de Carthage. Une rencontre comme une parenthèse enchantée, loin de leurs vies professionnelles agitées. Andrew est un soldat mystérieux, Salomé travaille pour une chaîne de télévision française. Ils se reverront, car chaque instant volé à leur emploi du temps sonne comme une évidence. Bousculée dans son quotidien, Salomé vit au rythme des messages, des silences ainsi que des retrouvailles avec Andrew. Lors d'un séjour aux États-unis, c'est l'histoire familiale de Salomé qui resurgit, à travers un prénom et un nom au cœur du Musée de l'Holocauste à Whashington DC : « André Chave ».

1939 : dans un petit village d'Ardèche, André va être mobilisé pour la seconde guerre mondiale.


Avec «Les pépins de grenade», Sarah Briand tisse plusieurs destins à travers la Grande Histoire. L'histoire d'amour entre Salomé et d'Andrew qui naît dans un monde où les guerres continuent de fracasser des soldats et des peuples. Celui d'André, un homme mobilisé, un soldat brisé, un homme amoureux, un ami dévoué. Dans cette galerie de destins percutés par l'Histoire, comment ne pas évoquer Edmond et Blanche, liés à tout jamais... 

Au fil des pages, la voix d'André, la vie de Salomé, les liens familiaux qui unissent ce soldat de la seconde guerre mondiale et la jeune femme apparaissent. André Chave, c'est l'histoire d'un aïeul, celui dont on ne parlait pas, pour différentes raisons.

Après deux biographies exceptionnelles «Simone éternelle rebelle» et «Romy, une longue nuit de silence», ne manquez pas le premier roman de Sarah Briand ! La plume tendre et délicate de la romancière vous emporte pour un voyage littéraire plein d'émotions, de Carthage à Paris, des États-Unis à l'Ardèche natale de Salomé. 


Extrait :  «Une photo n'a qu'un but, fixer un instant et le faire revivre infiniment». 

Lundi 2 mai 2022

L’âge des amours égoïstes – Jérôme Attal

L’âge des amours égoïstes – Jérôme Attal – Éditions Robert Laffont

Comment ne pas renoncer à ses rêves une fois entré dans la vie d'adulte ? Nico, 26 ans, le personnage de Jérôme Attal tente de répondre à cette question. 

Étudiant l'histoire de l'art à la Sorbonne, il cherche l’équilibre entre ses deux vies. Dans la première, il est le chanteur du groupe « Peggy Sage » fondé avec quelques amis. ils essaient de se produire dans divers endroits, mais cette dernière année estudiantine marque Nico au fer rouge, car les chemins de chacun vont bientôt être différents, et cela pourrait compromettre l'avenir du groupe.

De l’autre, il doit rédiger un mémoire. Il sait que ce mémoire signifie la fin de son cursus, et cherche à gagner du temps auprès de son directeur de mémoire. Son sujet ? Francis Bacon ! D'ailleurs, une exposition estivale lui permettrait...mais Monsieur Fabis n'est pas dupe !

Extrait : 
« Écoutez, Nicolas. Nous allons faire un pacte. On va au bout de ce mémoire ensemble, et ensuite vous me promettez qu’on arrête là, c’est d’accord ? »

Ouvrir « L’âge des amours égoïstes » le nouveau roman de Jérôme Attal, c’est plonger dans un monde à part. Un monde où l’enfance et l’adolescence tiennent une part importante, où l’amour et l’amitié se fêtent à chaque ligne, avant que les arrangements et autres désillusions ne s’abattent. Un monde dans lequel Nico personnage attachant tombe amoureux fou de Laura, une jeune femme croisée lors d’une soirée, au point de ne plus vivre que pour les instants où il peut espérer la (re)voir…

La plume poétique de Jérôme Attal vous emporte pour une virée parisienne dans laquelle vous croiserez une tête de choux ainsi que le couloir d'un hôtel en démolition. Tout au long de cette balade, l'amour, l'amitié, la peinture et la musique forment une bien jolie partition. De celle dans laquelle il fait bon se plonger, lorsque l'obscurité semble gagner du terrain...

 Lundi 14 mars 2022

La décision – Karine Tuil

La décision – Karine Tuil – Éditions Gallimard

Alma Revel est une juge antiterroriste passionnée par son métier. Mariée depuis une vingtaine d'années avec Ezra, sa vie de couple s'est délitée depuis bien longtemps. Écrivain primé par le Prix Goncourt pour son premier roman, la carrière de son mari n'a cessé de décliner aux cours des dernières années. Après l'avoir fortement rejetée, celui-ci trouve  refuge dans sa religion de naissance : le judaïsme.

Si le roman de Karine Tuil s'intitule « La décision », c'est bien deux décisions qu'Alma va devoir prendre :

Tout d'abord, une décision professionnelle : emprisonner ou laisser en liberté un jeune homme soupçonné avec sa femme Sonia, d'avoir rejoint l'État islamique en Syrie.

En parallèle de ce dossier qu'elle doit traiter dans des circonstances spéciales -nous sommes en mai 2016- s'ajoute une deuxième décision, d'ordre privée celle-ci : Doit-elle quitter son mari ?  Alma a une liaison avec Emmanuel, l'avocat de la défense. Elle sait qu'officialiser aux yeux de toutes et de tous avec son amant, ne pourrait qu'être préjudiciable pour sa carrière. 

Comment fonctionne la branche de l'antiterrorisme ? Quelles résonances le métier de juge antiterroriste ont-elles sur la vie privée ? Comment font-ils pour supporter la violence et les menaces reçues au quotidien ? Comment vivre une vie «normale» lorsque jour et nuit, vous êtes sous protection ? 

Autant de questions dont les réponses se trouvent dans le roman de Karine Tuil. Sans juger, sans pathos, mais en exposant simplement les faits,  la romancière livre un roman percutant, une immersion dès plus pointue dans les arcanes de la justice antiterroriste. Après votre lecture, il est évident que l'histoire d'Alma Revel, de son couple, de ses enfants, d'Ali,  d'Emmanuel et de son ex-femme, mais également de celle de l'homme soupçonné, resteront dans votre mémoire de lecteur ou de lectrice, grâce à la plume de Karine Tuil qui sait montrer la dureté d'un métier, tout comme la fragilité d'une vie.
 
Un roman à ne pas manquer si vous ne l'avez pas encore lu !

Extrait :
«Sur mon bureau, j'ai encadré cette phrase de Marie Curie : 
«Dans la vie rien n'est à craindre, tout est à comprendre». 
Mais parfois, on ne comprend rien.»

Lundi 7 mars 2022

La Grande Évasion – La Gacilly

Cette semaine, pour la chronique du lundi, je mets avec grand plaisir ma casquette de l'équipe des Petits Mots des Libraires !

L'été dernier, à la faveur d'une promenade au cœur de La Gacilly pour le Festival de la Photo, j'ai découvert sur mon chemin la magnifique librairie La Grande Évasion ! Depuis, j'ai eu la chance d'y revenir par deux fois pour participer au Club de Lecture. 

Éditrice pendant douze ans aux éditions Zulma, Amélie Louat a ouvert sa librairie en mai 2021, dans un local situé au milieu d'une petite rue pavée, dont le charme est à l'image de ce village dont le dynamisme et l'attrait ne cessent de croître. 

Poussez la porte de La Grande Évasion, c'est découvrir une offre riche et diversifiée tant pour les petits que pour les grands,  car Amélie Louat sait combien le goût de la lecture doit être donné dès le plus jeune âge. Sur les tables ou dans les bibliothèques, ce lieu lumineux offre des propositions de lectures variées, un espace carterie et papeterie. 

Du côté des animations, c'est également un éventail d'offres plus alléchantes les unes que les autres ! Un Club de Lecture tous les deux mois environ, des ateliers d'écriture, des dédicaces, des ateliers pour les petits, mais également en ce Mois du Livre en Bretagne, un Salon de Poche le  Samedi 26 février 2022, en collaboration avec la Médiathèque de Sixt-sur-Aff !


La Grande Évasion, 21 rue Lafayette, 56200 La Gacilly.

Vous pouvez suivre l'actualité de La Grande Évasion sur Facebook et Instagram.  

Lundi 21 Février 2022

Bain de minuit à Buckingham – S. J. Bennett

Bain de minuit à Buckingham – S. J. Bennett – Les Presses de la Cité

Cette semaine, je vous propose de retrouver sa majesté et son entourage, grâce à la série S. J. Bennett «Sa majesté mène l'enquête» !

Tout comme le précédent «Bal tragique à Windsor», «Bain de minuit à Buckingham» possède tous les ingrédients afin d'emporter les lecteurs et les lectrices dans un voyage frais, dépaysant et addictif au cœur d'un palais où l'ambiance devient délétère.

2016, le référendum du Brexit, la réapparition d'un petit tableau cher à son cœur, l'arrivée de nombreuses lettres anonymes à destination du personnel du Palais, jusqu'à la découverte par Sir Simon d'une employée morte au bord de la piscine. Tout cela donne des inquiétudes à la Reine. Ne pouvant enquêter elle-même, elle active ses réseaux, et demande à sa fidèle secrétaire particulière adjointe, Rozie, de mener son enquête en toute discrétion. Une mission qui va amener la jeune femme (également menacée) par un week-end dans les Cotswolds, afin de rencontrer un ancien du Palais...

«Bain de minuit à Buckingham» est un vrai bonbon littéraire, dans lequel la Reine, une nouvelle fois, troque ses habits colorés pour le costume de Miss Marple. Elizabeth II est un formidable personnage grâce à la plume respectueuse et drôle de la romancière. Un hommage à sa majesté, mais également au Prince Philip, au couple royale dont l'un a été d'un immense soutien envers l'autre, de toute évidence.

«Sa majesté mène l'enquête» est un cozy mystery à ne pas manquer!

Vivement le prochain tome !

Lundi 14 février 2022

Les ailes collées – Sophie de Baere

Les ailes collées – Sophie De Baere – éditions Jean-Claude Lattès

Juillet 2003 : Paul épouse Ana. Jeunes mariés et futurs parents, ils sont tout à leur bonheur. Soudain, au milieu du cercle restreint assistant à la cérémonie, des invités font leur entrée. Une surprise d'Ana pour son mari. Au cœur de ce petit groupe, Joseph apparaît, vingt après avoir disparu de la vie de Paul. Celui-ci chancelle, les souvenirs douloureux assaillent sa mémoire. L'été 1983 revient le hanter...

De la rencontre de Paul et Joseph aux drames qui vont se succéder, Sophie de Baere explore avec brio plusieurs territoires : celui du couple (le couple de Blanche et Charles est saisissant) de la famille avec ses non-dits, de la place de chaque enfant dans une famille (Cécile, la petite sœur va subir par ricochet la violence familiale et scolaire), de l'addiction, de l'école avec le harcèlement scolaire, celui de l'adolescence, de l'impossibilité de parler, des signaux qui n'alertent personne, au cœur de ces années 80, alors que le Sida faisait son apparition.

Avec les destins mêlés de la famille Daumas et de Joseph Kahn, ce sont mille émotions qui jaillissent. Paul prend une machine à remonter le temps, égrainant les moments de douleur, de désespoir, d'humiliation, au cœur de son chaos intérieur,

Comment vous parler du final déchirant dans lequel les mots de Joseph nous laissent les joues et les yeux mouillés, mais dans l'espoir que Paul puisse avancer de nouveau ?...

Vous ne ressortirez pas indemnes de la lecture du troisième roman de Sophie de Baere  «Les ailes collées», car Joseph et Paul sont de ces personnages qui ne nous quittent pas une fois le livre refermé. Ils peuvent être nos fils, nos frères, nos neveux, nos cousins, ceux que nous avons envie de prendre sous nos ailes, de protéger des harceleurs et de cette violence constamment infligée à celui ou celle qui est «différent (e)».

Extraits :

«C’est trop fatiguant de n’avoir ni branches ni racines. Dans l’existence, il faut parfois faire table rase de sa propre histoire pour pouvoir devenir quelqu’un, rejoindre une vie qui attend.»

«Il ne froisserait pas les mots doux du début, il les garderait en vie.»

«Paul est en train de réaliser avec douleur qu’il est faux de dire que le passé, c’est le passé. En réalité, les souvenirs contiennent déjà l’avenir ; ils s’y diluent et, de leurs yeux rouges et mouillés, le colorent. L’avenir n’est pas une page blanche.»

«Tu vois,te regarder en ce moment, c’est un peu comme observer un robinet qui fuit et ne rien faire. Tu sais d’avance qu’il va forcément y a voir un jour où tu devras t’en occuper mais tu fais l’autruche et tu ne répares pas. Alors la question est toujours la même dans ces cas-là : combien de temps avant que les dégâts, Paul ? Combien de temps avant que les dégâts soient irréversibles ? »

«Il fait croire que tout peut toujours recommencer».

Lundi 7 février 2022 –

3020

La Petite Librairie – Hennebont

La Petite Librairie à Hennebont, dans le Morbihan.

Mercredi dernier, je suis allée à la rencontre de Marie Bourcy, la libraire enthousiaste à la tête de La Petite Librairie !

Biologiste spécialisée dans le végétale, la jeune femme est revenue dans la région, avant d’entamer une reconversion professionnelle. Elle y a ouvert La Petite Librairie avant Noël. Nichée sur la place Maréchal Foch, face à la basilique Notre-Dame-de-Paradis, dans un ancien local gardant quelques stigmates de son ancienne vie (les poteaux à l’entrée laissent imaginer les chevaux attachés attendant sagement leurs maîtres), La Petite Librairie est un endroit plein de charme dans lequel il fait bon déambuler, afin d’y trouver sa pépite littéraire. Un fond diversifié est proposé sur les nombreuses bibliothèques savamment disposées. Lorsque vous tiendrez entre vos mains le livre tentateur, nul doute que vous souhaiterez prolonger votre visite en vous installant dans l’arrière boutique, où un salon de thé version cocon anglais vous attend. Tables, chaises, fauteuil, plantes ainsi qu’un (splendide) miroir donnent au lieu un charme ancien et moderne à la fois. De quoi avoir envie de s’installer pour une pause gourmande !

De Bretagne, ou d’ailleurs, venez découvrir La Petite Librairie, un nouvel écrin pour les lecteurs et lectrices de 7 à 77 ans !

Lundi 17 janvier 2022

L’empreinte de l’ange – Nancy Huston

L’histoire : Lorsque le célèbre flûtiste Raphaël Lepage rencontre pour la première fois Saffie, il tombe amoureux fou de de cette magnifique jeune femme aux yeux verts… Saffie, elle, semble vivre dans un autre monde, sans aucune résistance, elle se laisse conquérir. Quelques mois plus tard, lorsqu’elle croise le regard d’Andras, le luthier de celui qui est devenu son mari, sa vie bascule dans la passion amoureuse. Elle ne va plus vivre que pour cet homme, se livrer à lui corps et âme. Leur parcours commun sera fait d’apprentissage, car sa résistance à vivre va jusqu’à ignorer que son amant est juif hongrois ; et qu’il a, comme elle, vécu l’horreur.

Ce livre est enfin sorti de ma PAL -il y était depuis des années- car notre Club de Lecture est désormais à l’heure canadienne ! Comme quoi, tous les livres qui attendent sagement dans les PAL ne doivent pas s’inquiéter… Ce livre est un choc, tant par l’histoire, l’Histoire, et le style employé par l’auteure. L’écriture y est violente, en tout cas, je l’ai ressentie comme telle. Certains passages ont été insoutenables, imaginer l’horreur est une chose, la lire en est une autre. Toutefois, cette violence qui vous prend  « aux tripes », fait que vous ne pouvez pas lacher cette histoire, afin de  savoir si la vie va enfin dessiner à ces trois êtres un destin plus serein. En arrière plan, un fond musical entetant, un flûtiste de talent, certes, mais je n’ai pas eu beaucoup d’empathie pour lui, même si je comprenais sa souffrance devant le mutisme de sa femme. Si le silence de Saffie, lui, est incompréhensible au départ, ce qui peut faire penser qu’elle est froide,  son destin, révélé par l’auteure au fur et à mesure, nous éclaire sur son comportement toujours en retrait, mais jamais « dans » la vie. Quant à Andras, lui, c’est évidemment, celui qui comprend. Enfin, historiquement, l’auteure ne fait pas que survoler ses multiples sujets, non, elle creuse, explique les faits, sans tabous. Le tout donne une histoire poignante et cruelle, qui m’a laissé une sensation de vies gâchées.

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27 décembre 2021