Rencontre avec Olivier Norek !

Si vous êtes férus de polars, vous connaissez sûrement l’univers d’Olivier Norek. En quelques mois,  «Code 93» puis «Territoires» l’ont propulsé sur le devant de la scène. Je vous propose de rencontrer une des nouvelles voix du polar français, croisée en juillet dernier à Carnac, lors du formidable Salon  «Mots et Marées».

 

Les Chroniques de MLV : Bonjour Olivier, et merci pour avoir accepté de répondre à ce questionnaire. Tout d’abord, comment as-tu eu envie d’écrire la première aventure du Capitaine Coste et de son équipe ?

Olivier Norek : Bonjour Valérie ! Merci de cette invitation sur ce Slog. Les aventures du Capitaine Coste pour te dire la vérité, c’est presque un choix de facilité… Je suis flic depuis 15 ans  entre Paris et le 93, j’ai enquêté sur à peu près tous les vices humains et j’ai passé plus de temps avec des criminels qu’avec mes propres amis, donc des histoires folles, humaines, dramatiques, j’en ai plein la mémoire… écrire un polar est devenu une évidence.

 

Les Chroniques de MLV : Quels sont les points communs entre le métier de policier, et celui d’écrivain ?

Olivier Norek  : J’écris comme j’enquête. Je me fais des grands tableaux chez moi, comme lorsque l’on commence une enquête compliquée. Puis je m’entoure de consultants pour chaque sujet précis, comme on réquisitionne un expert pour mieux comprendre une situation. La vraie différence, c’est l’équipe. Le flic vit en meute, l’auteur, en solitaire.

 

Les Chroniques de MLV : As-tu un planning précis d’écriture, chaque jour ?

Olivier Norek : Oui. J’essaie d’écrire au moins cinq pages par jour. Bonnes ou mauvaises, ce n’est pas le problème. Il faut écrire tous les jours, c’est essentiel pour moi. Beaucoup de café et malheureusement pour mes synapses, plus de clopes depuis quinze jours !

 

Les Chroniques de MLV : Tu as été engagé sur la série «Engrenages», comment vis-tu cette expérience de scénariste ?

Olivier Norek :  Sur Engrenages, je n’ai pas participé à la scénarisation mais à l’invention de l’histoire de la saison 6. C’était une expérience formidable, très exigeante, mais n’est-ce pas normal pour la meilleure série française de tous les temps 🙂  ??? J’ai grandi en tant que policier avec cette série. Avoir l’honneur, maintenant, d’y participer, c’est comme fermer une boucle. C’est en tout cas une grande fierté.

 

Les Chroniques de MLV : La prochaine aventure de Coste et son équipe est-elle en cours d’écriture ? Peux-tu déjà nous en dire quelques mots ?

Olivier Norek :  Oui bien sûr. Il y aura de nouveaux univers : un centre pénitentiaire, un enlèvement, une quadruple évasion, un cyber-pédophile, un innocent dangereux, des morts à la pelle et encore des choix à faire entre suivre le code pénal et suivre son intuition… Probablement l’enquête la plus compliquée pour ce pauvre Victor Coste.

 

Les Chroniques de MLV : Tu es actuellement en disponibilité. Le travail sur le terrain te manque-t-il ?

Olivier Norek :  Le terrain. L’adrénaline. L’espoir d’une nouvelle piste, la recherche du petit indice qui donnera un sens nouveau à l’enquête… Oui tout cela me manque énormément, mais comme pour les toxicos et la méthadone, l’écriture est mon traitement de substitution !

 

Les Chroniques de MLV : Enfin, quel est ton dernier coup de cœur littéraire ?

Olivier Norek : Mon dernier coup de cœur m’a fait penser à celui d’avant, alors je vous donne les deux : « Je n’ai pas toujours été un vieux con » de Alexandre Feraga et « La patience des Buffles sous la pluie » de David Thomas ! Régalez-vous, c’est du 100% sûr !!!!

Merci à Olivier Norek pour sa disponibilité. Je vous invite à découvrir l’univers de Victor Coste, son héros, mais également, si vous le souhaitez,  à poursuivre le dialogue avec l’auteur via sa page Facebook ICI.

 

© Les Chroniques de Mlv 17-08-2015

© Un livre après l’autre

Rencontre avec Fanny Saintenoy !

Son premier roman Juste avant était une pépite. Le troisième s’intitule Les Notes de la Mousson,  dedans, il y a des odeurs, des bruits, des couleurs, le tout donne une histoire bouleversante. Fanny Saintenoy y déclare son amour à l’Inde, un pays envoûtant. Elle a gentiment accepté mon invitation, je vous laisse donc en sa compagnie, et vous conseille d’écouter la musique qu’elle nous offre avec cette interview. 

Fanny Saintenoy photographiée par Sébastien Canot pour Versilio

Les Chroniques de Mlv : Bonjour Fanny, merci d’avoir accepté mon invitation. Avant d’évoquer votre roman Les Notes de la Mousson, pouvez-vous nous dire comment l’écriture est entrée dans votre vie ?

 Fanny Saintenoy : Merci à vous.  L’écriture est entrée dans ma vie sûrement par la lecture d’abord, mais plus précisément ensuite par les lettres, la correspondance. C’est dans cette forme-là que j’ai commencé à écrire, raconter, décrire … c’est une bonne école, un biais qui n’est pas impressionnant.

Les C. de Mlv : Pouvez-vous nous présenter Les Notes de la Mousson ?

F. S.  : J’ai eu ce livre en tête pendant des années … après mes premiers voyages en Inde. C’est une histoire entièrement inventée contrairement à mon premier roman : celle de trois personnages principalement, un petit garçon qui comprend que son paradis d’enfance à Pondichéry va s’obscurcir, une jeune femme, sa mère, qui se sent perdue et qui est à la recherche de son passé, et une femme seule et vieillissante à Paris qui ne pense qu’à l’Inde. Au fil des chapitres on comprend quels sont les liens étroits qui les relient.

Je voulais raconter une enfance parfaite qui s’achève, celle peut-être dont j’aurais rêvé pour moi. Autour de ce tableau contemplatif se sont construits une histoire de famille, de racines et d’exil, et enfin ce drame cruel qui vient tout encercler … j’ai parfois le sentiment que le livre s’est monté presque sans moi, pierre par pierre. C’est un livre mélancolique, lumineux et sombre à la fois. C’est aussi une déclaration d‘amour à un pays qui me hante depuis vingt ans.

 

Les C. de Mlv : Une des scènes les plus fortes du livre est celle où Galta est sous la         pluie, au milieu de la cour. Une scène dans laquelle transparaît  l’urgence  pour elle     de se sauver de la situation qui l’étouffe, de trouver des réponses à ses questions.       Comment cette scène est-elle née ?

F. S : Elle est née peut-être d’une urgence pour le livre … à un moment où moi-même j’étais perdue dans l’écriture,  il fallait que je me sauve comme elle, et que je sauve l’histoire … c’est venu par instinct. Finalement c’est le pivot du livre.

Et puis il y a une part de vécu j’ai beaucoup fait ça, m’accroupir à l’indienne … j’aimais cette position. Et j’ai, pour la mousson, une passion débordante, cette pluie a un effet très puissant, surtout quand on l’attend des jours en crevant de chaud … c’est une libération. J’avais envie de transcrire et d’intégrer ces sensations-là. Je trouvais qu’elle accompagnait bien le sentiment de vertige et de basculement.

Les C. de Mlv : La musique est présente dans ce livre à travers le personnage de   Lalchen, bien sûr,  mais aussi par celle écoutée par Angèle. Quel rôle joue la musique         dans votre vie ?

F. S. : Un rôle capital, la musique ne me quitte jamais. J’en ai joué beaucoup,  je chante dans une chorale, j’en écoute tous les matins dans le métro au casque (sinon je n’irais pas bosser je crois).

Le personnage de Lalchen est né d’un grand violoniste indien qui s’appelle Subramaniam, il m’avait beaucoup impressionnée en concert. J’ai pénétré tout doucement dans l’univers de cette musique qui s’apprivoise pas à pas. Ce pays ne s’appréhende pas sans sa musique, elle est partout. J’ai voulu que ce soit aussi un des liens forts entre Angèle et les indiens, que la musique soit le liant pour toute l’histoire, jusqu’à prendre la place du titre.

En pj je vous propose une musique indienne moderne que j’ai écoutée énormément pour écrire, en quelque sorte c’est la B.O du livre.

Les C. de Mlv : Une romancière est également une lectrice. Quelle place à la lecture  dans votre vie ? Avez-vous des auteurs, des registres, des titres fétiches ?

F. S : La lecture a une immense place, je lis tous les jours,  je ne peux pas m’endormir sans lire, ne serait-ce que trois pages. Je m’oblige à alterner si possible un roman et un autre type d’écriture, analyse, récit, poésie, correspondance, biographie … pour ne pas me saturer d’histoires, pour découvrir un maximum de registres.

Il y a des auteurs qui me sont plus chers que d’autres évidemment, Erri de Luca, Céline, Yourcenar, Vassili Grossman, Charlotte Delbo, je pourrais en ajouter des dizaines …

Bizarrement jusqu’à 20 ans à peu près, je n’ai lu que « des classiques », aucun auteur contemporain … je pensais que j’avais suffisamment à faire avec eux.

Je lis beaucoup plus de littérature étrangère que française, par habitude, par curiosité. L’immense consolation qu’apporte la lecture est qu’on n’en aura jamais fini, même si la production s’arrêtait demain. Et si un jour je n’avais plus rien d’un seul coup, j’aurais toujours un vieux poche pourri à récupérer, c’est une assurance qualité de vie, pour moi, les livres.

Les C. de Mlv : Je vous remercie pour votre disponibilité, et vous pose une dernière        question : travaillez-vous déjà sur un nouveau roman ?

F. S. : Je travaille sur un prochain livre depuis quelques mois, qui ne sera pas un roman.  J’écris ce que j’appelle des mini nouvelles, j’expérimente le « Haïku de la nouvelle », cette forme hyper courte me fait un bien fou, c’est une grande liberté.

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Vous pouvez vous procurer Les Notes de la Mousson, depuis aujourd’hui.

 

© Les Chroniques de Mlv – 09-04-2015

© Un livre après l’autre

Un dimanche avec Titwane !

En octobre 2014, Eli Anderson offrait à son lectorat une nouvelle série : Oscar le Médicus. Pour celle-ci, il s’est associé à  l’illustrateur Titwane, celui-ci réalise de magnifiques dessins à côté du texte de l’auteur. À l’occasion de la sortie du troisième opus :  Le Grimoire qui-sait-tout, Titwane a gentiment accepté de répondre à quelques questions. Je vous laisse en sa compagnie, et vous souhaite une belle lecture, en ce dimanche matin.

 

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Titwane – Photo Droits réservés à Pascal Schoemaker –

 

Les Chroniques de Mlv : Bonjour Titwane, quel parcours avez-vous suivi avant d’exercer ce métier ?

Titwane : J’ai un parcours que certains qualifient parfois d’atypique : j’ai fait des études scientifiques et exercé plusieurs années le métier d’ingénieur, avant de me consacrer à l’illustration et au graphisme. Comme j’ai une petite tendance à l’éparpillement, j’ai aussi fait de la scénographie et enseigné le croquis. Aujourd’hui, pour mon plus grand plaisir, l’illustration est devenue mon activité principale.

Les Chroniques de Mlv :  Devenir illustrateur était-il un rêve pour vous ?

Titwane : Sans aucun doute. Quand j’étais tout petit, je voulais être soit illustrateur, soit garde républicain (j’étais tombé sous le charme en les voyant passer à cheval boulevard Henri IV à Paris !). Je me suis rapidement aperçu que je maniais mieux le crayon que le sabre. J’étais plutôt discipliné et bon élève donc j’ai avancé dans ma scolarité et mes études sans me poser trop de questions, ce qui rassurait aussi mes parents. Mais le dessin était toujours présent. Au bout d’un moment (d’un long moment !), il prenait tellement de place que j’ai dû y consacrer tout mon temps, en en faisant mon métier.

Les Chroniques de Mlv : Vos illustrations sont visibles via plusieurs supports, domaines, et vous travaillez avec des auteurs d’univers différents. Comment naissent ces projets ? Que vous apporte cette polyvalence ?

Titwane :  Les projets naissent parfois de commandes mais les plus intéressants viennent toujours de rencontres. Parfois il faut forcer un peu celles-ci, prendre ses carnets sous le bras et aller voir les gens qui nous intéressent. Mais il y a aussi des hasards fabuleux. On dessine un soir dans son carnet, quelques mois plus tard quelqu’un vous appelle à propos de ce dessin vu sur le web et hop ! Deux ans plus tard, on a plein de projets communs qui changent notre vie. Je travaille en atelier et le fait d’être entouré d’autres illustrateurs crée aussi des opportunités. Conserver une diversité dans mon travail est essentiel : dessiner pour les adultes, pour la jeunesse, dans la presse, pour l’édition, etc. D’abord ça évite l’ennui ou la routine et ensuite tous ces domaines s’alimentent les uns les autres et enrichissent mon travail.

Les Chroniques de Mlv : Avez-vous une méthode de travail particulière ?

Titwane : Je ne crois pas que ma méthode soit particulière. J’essaye de faire des illustrations qui me plairaient (même si au final celles-ci ne me plaisent pas très longtemps !), d’être curieux, d’explorer, d’être généreux pour le lecteur et de garder aussi une certaine spontanéité dans le trait.

Les Chroniques de Mlv : Toutes ces expériences ne vous donnent-elles pas envie de vous lancer dans un projet personnel ?

Titwane : Cela fait partie de mes envies. Il doit y avoir un grand plaisir à faire naître un projet vraiment personnel. Mais pour l’instant, je ne me sens pas capable d’écrire. Je n’ai pas encore suffisamment confiance en moi. Et puis je travaille pour des auteurs qui écrivent tellement mieux que ce que je pourrais faire moi-même ! Pour le moment, j’aime être au service d’un texte, d’un auteur, d’un univers.

Les Chroniques de Mlv : Le lectorat d’Eli Anderson vous découvre grâce à Oscar le Médicus. Connaître sa série Oscar Pill était-il un avantage pour illustrer son projet ?

Titwane : Quand on a évoqué le fait que je pourrais illustrer cette série jeunesse, je me suis tout de suite plongé dans les romans, j’avais hâte de savoir ce qui m’attendait en terme de dessins. Et j’ai été complètement happé : j’ai lu tous les tomes à la suite en prenant des notes sur les personnages, les lieux, etc. Parfois j’avais du mal à prendre des notes parce que j’avais trop envie de savoir ce qu’il y avait sur la page suivante ! Ces notes me servent beaucoup aujourd’hui pour créer l’allure des personnages. C’est toujours mieux de connaître le parcours d’un personnage pour l’imaginer.

Les Chroniques de Mlv : Quel tome dessinez-vous actuellement ?

Titwane : J’ai fini de dessiner le tome 4 depuis quelques temps et je n’ai pas encore le texte du tome 5. Donc je suis un peu en manque d’Oscar là ! C’est dur ^^! J’ai dessiné les 4 premiers tomes à la suite et il faut maintenant abandonner quelques temps la joyeuse troupe de personnages pour donner du temps à d’autres projets. Heureusement il y a quelques séances de dédicaces.

Les Chroniques de Mlv : Je vous remercie beaucoup pour votre disponibilité et me permets une dernière question : d’où vient votre nom d’illustrateur « Titwane » ?

Titwane : Titwane est le surnom que m’a donné mon frère aîné quand nous étions petits. Il m’a toujours appelé ainsi et aujourd’hui encore, il ne m’appelle que comme ça. Mon prénom est Pierre-Antoine et Titwane vient d’une contraction de « petit Antoine ». Quand j’ai eu envie de choisir un pseudonyme, je n’ai pas eu à aller chercher trop loin.

Je remercie infiniment Titwane pour avoir été l’invité de ce Slog, et vous invite à poursuivre cette rencontre en allant admirer sa palette artistique sur son site ICI.

 

© Les Chroniques de Mlv -18-01-2015

© Un livre après l’autre

 

 

Valérie Zenatti – Une plume, une voix.

Depuis ma «rencontre» avec son roman Les âmes sœurs, c’est toujours avec grand plaisir que je découvre un nouveau livre de Valérie Zenatti.  Jacob, Jacob -sorti récemment aux Editions de l’Olivier– fera partie des lectures marquantes de cette année 2014. Je suis donc très heureuse de partager avec vous le joli cadeau que  la romancière  nous offre  en  cette fin d’année : une interview ! Je la remercie à nouveau pour sa gentillesse, sa disponibilité, et vous laisse en sa compagnie.

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 Valérie Zenatti – photo droits réservés Melania Avanzzato

 

Les Chroniques de Mlv : Bonjour Valérie, votre rêve était-il d’écrire ?

Valérie Zenatti : Je ne sais pas si l’on peut parler de rêve car dès que j’ai su former des phrases, j’ai ressenti la nécessité d’écrire : pour retenir le temps à travers des journaux intimes, pour tendre vers la beauté à travers la poésie. Depuis l’enfance l’écriture et la lecture ont été pour moi des mondes parallèles au monde réel, et paradoxalement, ils me semblaient plus justes, plus vrais, plus intenses que la réalité. En revanche la publication d’un livre était de l’ordre du rêve et à l’âge de 16 ans j’ai dressé la liste des cents rêves que je voulais réaliser dans ma vie. En troisième position il y avait « écrire un livre jusqu’au bout avant l’âge de 30 ans et le publier ». Mon premier livre (pour la jeunesse) a été publié alors que j’avais pile 29 ans et demi…

  

Les Chroniques de Mlv : Quel parcours avez-vous suivi, avant de vous lancer dans l’écriture de votre premier roman ?

Valérie Zenatti : Le parcours de ma vie : naissance à Nice, adolescence en Israël, déracinement, plongée dans une autre langue, retour en France, journalisme dans les années 90, et des centaines de livres qui ont jalonné tout ce temps, des Contes d’Andersen jusqu’à La Peste de Camus, de Gary à Duras, de Dostoïevski à Charlotte Delbo. J’avais soif de vivre, de voir le monde, d’en être témoin (d’où le journalisme) et en même temps il y avait toujours cette caisse de résonnance extraordinaire faites de mots qui m’accompagnaient. Un jour, j’ai rencontré Geneviève Brisac dont les livres me bouleversaient et dont la parole sur l’écriture renouvelait de manière lumineuse ce que je ne faisais que pressentir, et j’ai écrit mon premier livre pour la jeunesse (Une addition, des complications, L’école des loisirs, 1999) puis mon premier roman à L’Olivier (En retard pour la guerre, 2006.)

Les Chroniques de Mlv : Votre livre  Jacob, Jacob est une histoire forte, et poignante. Un large éventail de sujets y est abordé, qui vont de la guerre, à la place des femmes dans le foyer où Jacob est né. Il parle surtout de votre famille. Comment s’empare-t-on d’un sujet aussi sensible que celui de son histoire familiale ?

Valérie Zenatti : Là aussi je pense que la réponse à la question est indissociable de mon cheminement personnel. La quarantaine, c’est symboliquement le milieu de la vie, c’est le moment où je me suis senti prête pour regarder en face les lieux, le temps et les êtres qui m’avaient précédée. J’ai tâtonné quelques temps, hésitant entre le récit et la fiction, puis les discussions avec mes éditeurs m’ont permis d’y voir clair et de sentir que la fiction me permettrait une liberté plus grande pour approcher ce que je n’avais pas connu, pour me l’approprier. Pour parler de cette famille traversée par la violence intime et par celle de l’Histoire, j’ai choisi la figure de Jacob, celui qui semblait le plus doux, le plus attachant, le plus fracassé par l’Histoire aussi. C’est son regard sur une photo, son écriture dans un cahier d’écolier datant de 1940 qui ont déclenché la structure et la langue de ce livre, porté je crois par l’amour que j’avais envie de donner à un jeune soldat tombé dans la nuit de l’oubli. À ses côtés, j’ai pu atteindre quelque chose que l’on nomme « les racines ».

 

Les Chroniques de Mlv : Vous avez scénarisé et co-réalisé quelques-uns de vos livres pour le cinéma*.  Un projet similaire est-il à l’étude pour Jacob, Jacob ?

Valérie Zenatti : Pas pour l’instant et cela ne me dérange pas, j’ai d’autres projets de films et je ne considère pas qu’un livre est automatiquement une matière pour un film, au contraire, plus j’écris pour le cinéma, plus j’essaie de pousser mon écriture à un degré d’incandescence qu’elle seule permet, dans sa capacité extraordinaire de pouvoir en une seule phrase être à l’intérieur et à l’extérieur, dans la pensée et les actes, et parfois même de traverser le temps.

 

Les Chroniques de Mlv : Comme beaucoup d’auteurs aujourd’hui, vous écrivez dans deux registres littéraires*.Est-ce une liberté ?

Valérie Zenatti : Oui, bien sûr, c’est la possibilité de naviguer entre les âges, mon regard d’enfance, d’adolescence et d’adulte.

Les Chroniques de Mlv : Depuis quelques années, vous êtes la fidèle traductrice des livres de  Aharon Appelfeld. Comment est né cette collaboration professionnelle ? Étiez-vous une inconditionnelle de son œuvre ?

Valérie Zenatti : J’ai découvert Aharon Appelfeld en préparant l’agrégation d’hébreu en 2002. Il y avait dans ses romans un mystère que je n’arrivais pas à percer. C’est alors que j’ai ressenti le besoin de le traduire. Au-delà de cette attirance littéraire, il y a entre nous un lien très fort, lié à nos deux enfances, que j’ai exploré en écrivant « Mensonges » (L’Olivier 2011.)

 

Les Chroniques de Mlv : Comment se déroule une journée de travail ? Respectez-vous un rite particulier (lieu, moment de la journée…etc) pour «entrer en écriture» ?

Valérie Zenatti : Je travaille dès que je peux, j’ai souvent plusieurs « chantiers » en travaux. Dès mes enfants partis à l’école, je m’installe à mon bureau pour traduire ou écrire un scénario. Lorsque j’ai un roman en cours, il prend d’abord place en moi, dans mes pensées, il m’accompagne de manière obsédante avant d’être écrit, puis il y a un moment où il prend toute la place : je lâche alors « le reste » et m’y consacre entièrement, jour et nuit (surtout la nuit !), essayant d’être seule et de faire silence autour de moi. L’écriture s’apparente de plus en plus pour moi à des visions que je cherche à retenir avec mes mots, de mon mieux.

Les Chroniques de Mlv : Une dernière question avant de vous remercier infiniment pour le temps que vous m’avez accordé. En tant que lectrice, que doit posséder un livre pour vous captiver ?

Valérie Zenatti : Une voix claire, juste, qui me semble unique, et qui m’offre une vision du monde intelligente et sensible. Mais il est difficile de réduire l’attirance pour un livre à quelques mots. Un livre qui captive, ça reste toujours une alchimie délicate entre une histoire et notre propre intériorité, au moment où on la lit.

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Vous pouvez suivre Valérie Zenatti sur son compte Twitter ICI et  Facebook ICI. Pour celles et ceux qui ne connaissent pas encore son écriture, un seul conseil : laissez-vous happer par Jacob, Jacob.

* En retard pour la guerre est sorti au cinéma sous le titre Ultimatum.

*Une bouteille dans la mer de Gaza est sortie au cinéma  sous le titre Une bouteille à la mer

 * Adulte et Jeunesse.

© Les Chroniques de Mlv 30-12-2014

© Un livre après l’autre

 

Rencontre avec Gaëlle Josse !

En cette rentrée littéraire, j’ai eu -comme beaucoup- un véritable coup de cœur pour le roman de Gaëlle Josse, Le dernier gardien d’Ellis Island. Un quatrième roman brillant et captivant, dans lequel la romancière emporte ses lecteurs vers un lieu riche en histoires humaines, à l’orée d’une terre pleine  de promesses, le tout servi par une écriture poétique. Je vous propose de  rencontrer la romancière virtuellement, le temps d’un questionnaire auquel elle a répondu avec beaucoup de générosité, et de disponibilité.

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Gaëlle Josse – Photo : Droits réservés Xavier Remongin

 

Les Chroniques de Mlv : Bonjour Gaëlle, et merci pour m’avoir accordé de votre temps. Tout d’abord, pouvez-vous nous expliquer la genèse de votre roman Le dernier gardien d’Ellis Island ?

 Gaëlle Josse : Ce livre est venu du choc émotionnel intense qui a été le mien lorsque j’ai visité Ellis Island, sans aucune arrière-pensée d’écriture, une simple visite, il y a un peu plus de deux ans. Choc total. J’ai été bouleversée, happée par ce lieu, de façon inexplicable. Il me semble qu’il est encore chargé du souvenir de tous ces exils, que le murs résonnent encore des histoires de vies, des destins qui se sont croisés là. Je crois qu’il y a des lieux qui témoignent d’une page de l’histoire de l’humanité, comme celui-ci. J’imagine qu’on peut éprouver un choc semblable en visitant la cellule de Mandela, ou l’île des esclaves, à Gorée au Sénégal…

Quelques semaines après mon retour, une histoire s’imposait, avec une grande force. Des questionnements, des éléments intimes, personnels sont bien sûr venus s’insérer dans l’histoire, sont venus nourrir les personnages, car je crois qu’on ne raconte pas une histoire pour le simple plaisir, ça n’a ni sens ni intérêt pour moi ; je m’engage très fort dans ce que j’écris, et la résonance avec les questions d’actualité liées aux migrants, à l’exil, m’a paru évidente.

Les Chroniques de Mlv : Ce roman remporte un vif succès -mérité- tout comme vos autres textes, qui sont étudiés en collège, et en lycée. Que ressent-on, lorsque l’on apprend que ses écrits sont intégrés à un programme scolaire ?

Gaëlle Josse : J’avoue que ça a été une immense surprise ! Un honneur aussi. Je ne pensais pas du tout que mes livres pouvaient trouver un écho chez un public de lycéens, voire de collégiens, car il s’agit souvent de personnages qui s’interrogent sur leur place dans la vie, sur le sens de leurs actes, leurs choix, leurs moments de basculement. Et j’ai découvert, en étant très souvent invitée à rencontrer des classes, que ce soit dans le cadre de prix lycéens ou d’une étude destinée à la liste du bac français, que ça « passait très bien » et qu’il entraient sans difficulté dans ces livres.

Les professeurs font à chaque fois un travail remarquable avec eux, ils varient les approches, parviennent à créer une proximité avec les personnages et les sujets abordés, à rendre le libre vivant, parlant. Il y a eu des ateliers d’écriture autour de tableaux par exemple, et aussi une fois un court métrage tourné avec un réalisateur, un intervenant de théâtre, avec des scènes tournées « pour de vrai » dans un club hippique, autour des Heures silencieuses. Ça a même donné lieu à une projection au cinéma de la ville, à laquelle j’ai assisté. Un grand moment !

Un jour un professeur m’a dit quelque chose qui m’a beaucoup émue et m’a fait réfléchir. C’était dans un quartier « difficile » où j’étais intervenue plusieurs fois auprès d’une même classe. Il m’a dit « vous savez, les élèves ici lisent très peu, ou pas du tout. Quand ils quitteront l’école, pour la plupart d’entre eux, leur culture générale, ce sera ce qu’ils auront étudié ici. » Et j’ai trouvé qu’il y a avait une vraie responsabilité, sans vouloir employer les grands mots, à constituer une partie de ce bagage, de ce sur quoi ils ont été amenés à réfléchir. Le dernier gardien d'Ellis Island G JosseLes Chroniques de Mlv : Droit, journalisme, psychologie, dans ce parcours, quel a été le déclencheur pour vous lancer dans l’écriture ?

Gaëlle Josse : Disons que la lecture, et l’écriture, même à titre professionnel, a toujours fait partie de ma vie. Après, il y a un moment où je me suis autorisée à passer à une expression personnelle, intime. C’est venu tard, vers la quarantaine. Peut-être étais-je un peu plus disponible, avec des enfants qui grandissent, je ne sais pas vraiment.

C’est par la poésie que je suis arrivée à l’écriture, des formes courtes, qui permettent de dire beaucoup avec très peu de moyens, grâce à la force des mots, des images, des sonorités. J’ai été éditée en revues, en recueils, et puis, quelques années après, j’ai rencontré ce tableau d’Emmanuel de Witte qui a inspiré les Heures silencieuses, et qui a vraiment ouvert les digues…

Tout cela reste mystérieux quand même, ce moment de collision où l’on est percuté de façon violente avec quelque chose qui va déclencher une urgence à écrire, qui va faire surgir les questionnements intimes à travers une histoire, comme si tout cela était sous la surface, et ne demandait qu’à jaillir…

 

 

Les Chroniques de Mlv :  Les heures silencieuses est paru en 2011, depuis, vous sortez un livre par an. Quel est votre rythme d’écriture au quotidien ?

Gaëlle Josse : Vous savez, il ne s’agit ni d’un défi personnel, ni d’une obligation ! Chacun de mes livres est né d’un moment de saisissement, de choc, qui a généré une histoire, des personnages, dans un tissage étroit avec ce que je suis. Je ne sais pas quand cela se reproduira, c’est non programmable, totalement aléatoire, et tant mieux. La force d’un livre vient peut-être de l’intensité de ce moment, d’ailleurs…

Je n’ai pas de rythme d’écriture particulier au quotidien, car j’ai une activé professionnelle, même à temps partiel, et aussi une vie de famille. J’écris quand les choses sont déjà très présentes, très mûres sur mon écran mental, et après je laisse porter, embarquer. Écrire le premier jet, l’histoire, cela va assez vite, ensuite c’est un très long travail de relecture, langue, ponctuation, rythme, pour que ça ressemble à ce que j’ai en tête…Je m’aperçois en fait que je travaille de façon très fragmentée.

Les Chroniques de Mlv : Avez-vous des habitudes, ainsi que des lieux, propices pour écrire ?

Gaëlle Josse : Suite de la question précédente ! Je n’ai pas un mode de vie qui me permet de m’installer le matin chez moi devant mon ordinateur en me demandant ce que je vais écrire. Les idées, les sensations surgissent à tout moment, en ville, dans les transports…Il est important de pouvoir les accueillir au moment où elles se présentent, même sous forme de notes rapides. Je n’ai  pas vraiment de rituel d’écriture, sauf peut-être dans la présentation de mon document à l’ordinateur, et j’ai besoin d’un titre de travail pour nommer ce que je suis en train d’écrire, ainsi que d’un visuel qui symbolise ce travail en cours, c’est tout.

Les Chroniques de Mlv : En tant que lectrice, quels sont vos registres littéraires de prédilection ? 

Gaëlle Josse : Avant d’être un auteur, je suis d’abord une lectrice, et ça je le resterai ! C’est vrai, je lis beaucoup. Littérature française et étrangère, et je ne recherche pas particulièrement les nouveautés. Je m’aperçois que les univers, les contextes, les histoires en elles-mêmes m’importent assez peu, je suis surtout sensible à l’intensité d’une narration, à celle des personnages qui font faire écho à ma propre humanité, à mes questionnements ou mes choix, et bien sûr à une écriture dont j’attends aussi une vraie force évocatrice, une musique qui va me toucher, me surprendre, qu’elle soit baroque ou minimaliste.

Je voue une admiration sans borne à des Stefan Zweig, Sandor Marai, qui savent croiser l’art de la fresque avec la profondeur du portrait psychologique, à des Pierre Michon ou Pascal Quignard pour la beauté de leur prose et la puissance de leurs récits. J’ai été bouleversée, récemment, par La nuit tombée, d’Antoire Choplin, une centaine de pages d’une humanité impressionnante, ou par le très court Home de Toni Morisson, terrible. J’aime aussi les univers multiples, complexes d’auteurs américains comme Louise Erdrich, Barbara Kingsolver, ou au contraire les récits très tendus, très brefs, d’Erri de Luca. Dans cette rentrée littéraire, c’est le très beau, très grave Tristesse de la terre, d’Éric Vuillard qui m’a particulièrement émue. Et depuis l’adolescence, la lecture de Duras et Modiano, pour leur voix unique, leur musique si particulière, qui m’accompagne toujours…

Je ne peux que vous inviter à plonger dans les romans de Gaëlle Josse. Quant à cette rencontre, vous pouvez la prolonger en retrouvant la romancière sur son site ICI, ainsi que sur sa page Facebook LA.

 

 

© Les Chroniques de Mlv 31-10-2014

© Un livre après l’autre

 

 

 

Rencontre avec Agnès Ledig !

Juste avant le bonheur -le premier roman d’Agnès Ledig- lu en 2013, m’avait donné envie d’en savoir plus sur cette romancière qui sait faire jaillir des épreuves cruelles de la vie, de belles histoires, fortes, dans lesquelles l’espoir est toujours présent. À l’occasion de la sortie de son nouveau roman, Pars avec luiaux Editions Albin Michel, je vous propose de la rencontrer, grâce à un questionnaire auquel elle  a gentiment accepté de répondre.  

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Agnès Ledig – Photo droits réservés  Guillaume Mouchet

Les Chroniques de Mlv : Bonjour Agnès, et merci d’avoir accepté l’invitation des Chroniques de Mlv. Première question, vous exercez deux métiers : Sage-femme, et romancière. Quelle place l’écriture a-t-elle au quotidien dans votre emploi du temps ?

Agnès Ledig : Elle existe en deux temps. D’abord la phase de réflexion et d’élaboration, qui se fait au long de la journée, dans mes moments libres (en voiture, en balade, etc…), et ensuite la phase d’écriture, en général le soir, après 22 h, quand la vie se pose autour de moi et que je peux m’enfermer dans ma bulle de concentration.

Les Chroniques de Mlv : Votre premier roman Marie d’en haut a été couronné du coup de cœur des lectrices de Femme actuelle, en 2011, Juste avant le bonheur a obtenu le prix de la maison de la presse, en 2013. Comment avez-vous vécu cette reconnaissance ?

Agnès Ledig : Très bien, évidemment. Mais la plus belle reconnaissance reste celle de mes lectrices et de mes lecteurs… On peut recevoir un prix sans être apprécié par ceux qui lisent, or, c’est cela le plus important à mes yeux…

Les Chroniques de Mlv : Quelles répercutions a-t-elle eu sur l’écriture de Pars avec lui ?

Agnès Ledig : Aucune. J’écris parce que j’aime écrire, raconter des histoires. Pas pour recevoir des prix. ça, c’est la cerise sur le gâteau.

Les Chroniques de Mlv : Parlons de ce nouveau roman, très attendu par votre lectorat. Pouvez-vous nous le présenter ?

Agnès Ledig : Une rencontre, entre des personnages dont les vies vont s’imbriquer progressivement. Juliette soutient Roméo quand il est cassé en mille morceaux, et quand c’est elle que la vie brise, il «épongera sa dette», pour son plus grand bonheur… D’autres personnages satellites participent, comme dans la vraie vie, à cette belle rencontre…

Les Chroniques de Mlv Vous partagez les étapes d’écriture avec votre lectorat via Facebook, et rédigez des chroniques sur votre site. Quel lien entretenez-vous avec vos lectrices et lecteurs grâce à ces deux supports ?

Agnès Ledig :  Il s’est instauré un lien très agréable avec les personnes qui me suivent sur internet. J’échange parfois mon ressenti sur des choses de la vie, et un vrai échange s’est créé. J’aime beaucoup…

Les Chroniques de Mlv Quelle lectrice êtes-vous ? Avez-vous été marquée par des livres, ou par la plume d’auteurs ?

Agnès Ledig :  J’aimerais avoir plus de temps pour lire. À part Fred Vargas dont je suis une inconditionnelle, je n’ai pas d’auteur spécifique mais j’aime lire au gré de mes envies, dans des styles divers. Mon dernier gros gros coup de cœur, c’est «Le liseur du 6h27» de Jean-Paul Didierlaurent. Une écriture qui se lit toute seule, une belle histoire, beaucoup d’humour…

Les Chroniques de Mlv Je vous remercie pour vos réponses, et vous pose une dernière question, quels sont les loisirs qui vous permettent de vous ressourcer ?

Agnès Ledig : La marche dans la nature, j’habite à la campagne, la musique et la lecture et surtout, la photo.

En attendant de découvrir (peut-être) les clichés d’Agnès Ledig, dans un livre, je vous propose de poursuivre cette rencontre en retrouvant la romancière sur son site ICI, ainsi que sur sa page Facebook, et de lire ce troisième roman, évidemment.

© Les Chroniques de Mlv – 11-10-2014

© Un livre après l’autre

 

ELI ANDERSON, MÉDICUS DANS L’ÂME

Eli Anderson, le 28 juin dernier, lors du premier festival  La Nuit, J’écris.

 Photo : Droits réservés  Les Chroniques de Mlv

 

Un auteur ne décide pas de son parcours, il laisse sa plume le guider pour faire naître des histoires qui -parfois- mûrissaient en lui depuis longtemps.  En 2009, Eli Anderson s’est lancé dans une aventure extraordinaire : celle de faire découvrir le corps humain -à sa façon- grâce à Oscar Pill. En quelques années, son héros a charmé un lectorat éclectique ; c’est donc -comme son auteur- avec beaucoup d’émotion, que celui-ci a dit au revoir au jeune médicus, en septembre 2012. Avant l’arrivée -d’ici quelques mois- d’une nouvelle saga… Eli Anderson nous fait la surprise d’être de retour dans nos librairies avec Oscar Le Médicus –le 1er octobre prochain, aux Editions Albin Michel Jeunesse et Versilio. Je le remercie infiniment d’être l’invité de ce Slog, afin de nous présenter, en avant-première, cette actualité qui va réjouir nostalgiques,  et nouveaux lecteurs…

Les Chroniques de Mlv : Bonjour Eli, deux ans après avoir dit « au revoir » à Oscar, nous vous retrouvons -avec plaisir- et toujours en sa compagnie, pour une nouvelle série intitulée  Oscar Le Médicus. Dites-nous, entre Oscar et vous, c’est un lien indéfectible, non ?

Eli Anderson : Bonjour Valérie ! Bon, on se connaît bien, maintenant, n’est-ce pas ? Alors regardez-moi bien dans les yeux et dites-moi : ça vous étonne, ce lien indéfectible ??

Les Chroniques de Mlv : Non, pas vraiment… Oscar est très attachant !

Revenons à la série Oscar le Médicus,  avec les deux premiers tomes Le pendentif magique et Le mystère de la cape émeraude. Pouvez-vous nous présenter cette série,  et nous dire ce que sa concrétisation représente pour vous ?

Eli Anderson : En réalité, Oscar le Médicus, ce petit gaillard de 9 ans qui va voyager dans le corps humain, c’était mon projet initial, ce qui me tient à cœur depuis mes années de jeune interne : offrir aux jeunes, le plus tôt possible, un corps réinventé, qui n’effraie pas, dont on peut comprendre la fragilité mais surtout la magie et le merveilleux. Puis j’ai été rattrapé par mon goût des gros romans et des épopées, et en 2009 j’ai décidé de me lancer dans la saga d’Oscar Pill, qui touchait plutôt les ados et les plus grands, avec un héros de 12 ans qui allait grandir et vivre sa destinée jusqu’à l’âge adulte. 

Mais je n’ai jamais perdu de vue le petit Oscar de 9 ans…

Voir et tenir le premier tome d’Oscar le Médicus est une immense joie, une émotion intense, vraiment. Beaucoup d’auteurs finissent par être blasés, moi, c’est l’inverse ! Et puis, si les enfants découvrent un corps qui les emporte, les fait palpiter, rire, s’ils s’en font un ami ou au moins un monde familier plutôt qu’un tas d’organes terrifiant, j’aurai l’impression d’avoir servi à quelque chose – l’écrivain comme le médecin que je suis.

Les Chroniques de Mlv : Comment avez-vous retravaillé les cinq aventures initiales d’Oscar pour ce concept ?

Eli Anderson : Je m’en suis tenu au concept du voyage intérieur, mais je n’ai surtout pas voulu « retravailler » la saga ado, justement. Ce n’est pas non plus un « prequel », l’histoire d’Oscar plus jeune, une histoire qui se serait déroulée avant la saga ado.

Non, c’est simplement un enfant de 9 ans au pouvoir extraordinaire, celui de voyager dans le corps, une grande sœur foldingue (on n’allait quand même pas laisser de côté notre délicieuse Violette, non ?), un papa disparu, des copains et des ennemis, et des voyages intérieurs au fil des tomes.

Les 4 premiers tomes forment une mini-série, avec une énigme tissée le long de ces 4 tomes et qui trouve réponse dans le 4ème ; mais chaque tome contient une histoire et une aventure bouclées, pour ne pas frustrer mes jeunes lecteurs !

 

Les Chroniques de Mlv : Les illustrations sont réalisées par Titwane, connaissiez-vous déjà son travail ?

Eli Anderson : Non, mais quand j’ai cherché un illustrateur pour travailler sur le projet d’Oscar le Médicus, un illustrateur qui travaille dans le même atelier m’a parlé de lui. Titwane avait lu la saga ado et l’avait appréciée, le sujet l’intéressait. J’ai fait un tour sur son site, et j’ai été impressionné par le style différent de son trait selon le contexte et le sujet de ses illustrations. J’ai eu envie de tenter l’aventure d’Oscar le Médicus avec lui.

Les Chroniques de Mlv : Lorsque vous avez découvert ses premières esquisses, quelles ont été vos  impressions ?

Eli Anderson : Franchement, dès qu’il m’a envoyé les premiers croquis, ça a été le coup de cœur. J’étais certain que ça se passerait bien, qu’on s’entendrait et que notre collaboration fonctionnerait et donnerait vie à mon petit Oscar. Il y a dans ses dessins une énergie incroyable, une justesse des mouvements, des expressions, une sensibilité et une drôlerie qui m’épatent.

Les Chroniques de Mlv : Vos lectrices et lecteurs pourront communiquer avec vous, grâce au site www.oscarlemedicus.com. Comment allez-vous gérer cet espace d’échange supplémentaire ? 😉

Eli Anderson : Comme je suis un peu schizophrène et que les différentes casquettes en écriture ne me font pas peur, on a simplifié les choses au maximum : mon slog (mélange de blog et de site, si si, ça existe 😉www.elianderson.info regroupera toutes ces casquettes grâce à des rubriques séparées. En tapantoscarlemedicus.com, vous serez ainsi dirigée vers la rubrique Oscar le Médicus de ce slog.

Les Chroniques de Mlv : Votre lectorat est également impatient de rencontrer votre nouvelle héroïne : Mila Hunt. Pouvez-vous nous en dire un peu plus sur l’avancement de cette saga ?

Eli Anderson : Je vais vous dire une seule chose, Valérie : je bosse, je bosse, je bosse ! Et j’espère bien que Mila verra le jour au printemps 2015. Le premier tome de cette nouvelle saga Young Adult aurait dû sortir en novembre, mais c’était trop compliqué à gérer avec la sortie concomitante des premiers tomes d’Oscar le Médicus. Ah, quel dommage de ne pas savoir faire mille choses en même temps… mais il paraît que seules les femmes en sont capables !

Les Chroniques de Mlv : Je vous remercie infiniment pour votre présence sur ce Slog, aujourd’hui, et ne résiste pas à vous poser une dernière question concernant votre « frère de  plume », le Dr Serfaty. Ce dernier a-t-il  un projet  à court -long- terme ? Si oui, pouvez-vous nous en dire quelques mots ?

Eli Anderson : Oui, le Dr Serfaty a un roman sous le coude (ou plutôt sous la plume), un thriller qu’il scénarise actuellement pour le cinéma. On en reparlera très vite ensemble lorsque roman et film sortiront ?

Les Chronique de Mlv : Ce sera avec plaisir, car Eli -comme Thierry- sont ici chez eux !

En attendant d’en savoir un peu plus sur la mystérieuse Mila  -ainsi que sur le thriller en cours du Dr  Serfaty- partons à la rencontre du jeune Oscar, qui va -sans aucun doute- savoir nous charmer, comme son frère aîné ! Un immense merci à Eli Anderson pour sa générosité.

Si vous désirez gagner des exemplaires de Oscar le Médicus -et suivre l’actualité d’Eli Anderson- rendez-vous sur son Slog ICI.

Le Slog de Thierry Serfaty

Le Site de  Titwane

© Les Chroniques de Mlv – 19-09-14 

© Un livre après l’autre

Un mercredi avec…Georgia Caldera !

Après Les Larmes Rouges, la romancière GeorgiaCaldera a séduit son lectorat avec Hors de portée, une romance contemporaine. C’est un plaisir de la recevoir sur Les Chroniques de Mlv,  à l’occasion de la sortie -aujourd’hui- du premier opus de son troisième ouvrage : Victorian FantasyDentelle et nécromancie, auxEditions J’AI LU.  Rencontre avec une romancière fort sympathique !

 Photo: droits réservés Georgia Caldera

Les Chroniques de Mlv : Bonjour Georgia, et merci d’avoir accepté l’invitation des Chroniques de Mlv. Tout d’abord, peux-tu nous dire comment une étudiante en art-thérapie devient romancière ?

Georgia Caldera : Bonjour et merci à toi pour cette interview.

J’ai toujours écrit, depuis que je sais lire, je crois. C’est à l’époque où j’étais à la fac que j’ai eu l’idée de l’histoire des Larmes Rouges. J’ai écrit la trame du récit, qui s’est étoffée au fur et à mesure, ainsi que les trente premières pages du tome 1. Et puis, j’ai dû arrêter, faute de temps. Ce n’est qu’après l’obtention de mon diplôme d’Art-thérapeute que j’ai pu m’y remettre sérieusement et depuis, je n’ai plus jamais cessé d’écrire (et ce n’est pas prévu, de toute façon ^^).

Les Chroniques de Mlv : Ton premier roman –Les Larmes Rouges- se déroule dans un univers sombre, bien différent de Hors de portée. Où puises-tu ton inspiration ?

Georgia Caldera : J’ai de nombreuses sources d’inspiration. Je la puise dans tout un tas de choses, cela va d’événements de la vie quotidienne aux films que je regarde ou aux livres que je lis. Je suis une grande amatrice de fantastique et fan absolue d’Anne Rice. Aussi, il me paraissait tout naturel de commencer mon parcours d’auteur avec une saga vampirique, à l’ambiance sombre, bien entendu.   Ce n’est que par la suite, après avoir appréhendé ce genre littéraire en tant que lectrice, que j’ai eu envie de me lancer également dans la romance contemporaine. Dans Hors de Portée, le ton est évidemment plus léger que dans Les Larmes Rouges, il y a même de l’humour, ce qu’il n’y avait quasiment pas dans mes précédents écrits, mais on y retrouve les thématiques qui me sont chères, à savoir des héros torturés, au lourd passé, et une relation, entre les deux personnages principaux, assez complexe et passionnée.

Les Chroniques de Mlv : Tout comme Les Larmes RougesHors de portée a remporté un joli succès, as-tu d’autres projets de romance contemporaine ?

Georgia Caldera : En effet, j’ai pris beaucoup de plaisir à écrire cette première romance contemporaine et j’ai très rapidement eu envie de poursuivre dans cette voie et de développer certains personnages secondaires de Hors de Portée.  Il y aura donc un tome 2, Hors de Question, puis un tome 3, Hors de Propos, dans lesquels, bien qu’ils n’en soient plus les héros, nous recroiserons Aidan et Scarlett. Ces prochains tomes se concentreront donc sur d’autres personnages, rencontrés durant le premier opus (mais je n’en dirai pas davantage pour le moment…) et pourront très bien se lire indépendamment les uns des autres.

Les Chroniques de Mlv : Peux-tu nous présenter la série Victorian Fantasy ? dont le tome 1, dentelle et nécromancie, paraît aujourd’hui,  aux Editions J’AI LU.

Georgia Caldera : Victorian Fantasy est une série qui pourrait s’apparenter à de la romance paranormale, dans la mesure où chaque tome verra un couple de personnages possédant des pouvoirs magiques se former, sans en être vraiment, puisqu’elle a lieu dans un univers alternatif pseudo-victorien, avec une petite touche de steampunk, pour l’ambiance. 😉

Dans le premier opus, Dentelle et Nécromancie, on suit Andraste, qui, après avoir toujours vécu recluse pour de mystérieuses raisons au coven des sorcières Coldfield, est convoquée par la reine à la cour, et Thadeus, héritier des Blackmorgan, l’une des plus puissantes familles de nécromanciens du royaume. Leur rencontre va bouleverser à jamais leur destin…

Les Chroniques de Mlv : Écrire de la romance est un exercice difficile, car il y a de nombreuses offres littéraires. Existe-t-il des codes particuliers pour écrire dans ce registre ?

Georgia Caldera : Il y adifférentes sous-catégories dans la romance, comme la romance contemporaine, bien sûr, la romance érotique, la romance historique, la romance paranormale, etc… Chacune possède des codes bien précis, mais assez simples finalement, sur lesquels je me suis appuyée, notamment pour Hors de Portée. Ces codes varient en fonction des modes. Par exemple, aujourd’hui, il est nettement plus courant, dans à peu près tous les genres de romances, de suivre les personnages principaux jusqu’à la chambre à coucher, qu’il y a quelques années. Ces scènes s’intègrent pleinement au récit et participent à faire évoluer la relation entre les héros.

Les Chroniques de Mlv : Dans une de tes interviews précédentes, tu précises que même lorsque tu ne sors pas de chez toi, tu prends soin de tes tenues. Peux-tu nous en dire un peu plus sur ton choix vestimentaire ?

Georgia Caldera : Je suis une grande amatrice de mode alternative. J’aime ce qui sort de l’ordinaire et qui donne du caractère à une tenue. Il est vrai que même chez moi, vous ne me croiserez jamais en jogging (déjà parce que je n’en possède pas), ni même en pantalon ^^

Les Chroniques de Mlv : Peux-tu nous décrire une journée de travail ? As-tu des porte-bonheur, ou bien un endroit fétiche pour travailler ?

Georgia Caldera : J’ai pour règle de rester derrière mon pc, mon fichier texte ouvert, au moins huit heures par jour. Je n’écris pas non-stop toute la journée, ce temps comprend aussi celui de la réflexion, mais c’est ainsi que je fonctionne. Ensuite, pour réfléchir à certaines scènes un peu complexes, j’aime marcher en forêt, en écoutant de la musique, souvent appropriée à l’humeur de mes personnages ou bien à l’ambiance du récit. Pour Les Larmes Rouges, je me passais en boucle les albums de Lacrimosa, mon groupe gothique favori, ainsi que la Black Symphony de Within Temptation. Pour Victorian Fantasy, j’ai beaucoup écouté l’album Naphtaline de Ez3kiel, ainsi que 30 Seconds to Mars. Et enfin, quand j’écrivais Hors de Portée, c’était plutôt Evanescence, mais également London Grammar et Lana Del Rey, des groupes que j’ai découvert à cette période ^^

Les Chroniques de Mlv : Une dernière question : lorsque tu n’écris pas, que fais-tu pour te ressourcer ?

Georgia Caldera : Je lis énormément, c’est ma deuxième passion, après l’écriture, je pense que cela va de pair. Mais je ne suis pas que livrophage, je suis aussi sérivore et cinéphile… Et, j’adore également dessiner, ce qui, surtout pour Les Larmes Rouges, m’a beaucoup servi pour construire mes récits et donner corps à mes personnages.

Je remercie Georgia Caldera pour sa disponibilité, et ses réponses, et vous invite à découvrir ses romans !

Son site est  ICI, ses pages Facebook ici, et . Enfin, voici une très jolie vidéo pour présenter l’univers deVictorian Fantasy ICI.

© Les Chroniques de Mlv – 10-09-2014

© Un livre après l’autre

Rencontre avec Jean-Christophe Tixier

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Photo droits réservés : Jean-Christophe Tixier

Á l’occasion de la sortie (le 9 avril dernier) de son nouveau roman Foulée d’enfer,  Jean- Christophe Tixier a accepté de répondre à quelques questions. Je vous laisse découvrir le parcours de cet auteur sympathique, rencontré il y a quelques mois lors d’un Salon du livre, en Bretagne.

Les Chroniques de Mlv : Jean-Christophe Tixier, bonjour, comment votre parcours professionnel vous-a-t-il mené à l’écriture ?

 Jean-Christophe Tixier : Bonjour. Je suis un « jeune » auteur de 47 ans. Après 20 ans d’enseignement, j’ai décidé de me consacrer complètement à l’écriture. J’ai débuté en écrivant une nouvelle, intitulée La Rosalie, publiée aux éditions In8 en 2007. Elle relate un épisode de mon histoire familiale au début de la deuxième guerre mondiale. Mon grand-père avait appris en une heure à ma grand-mère à conduire leur Rosalie, pour qu’elle puisse fuir sur les routes de l’exode, avec sa belle-mère et ses trois filles. Ma grand-mère n’ayant pas tout retenu, mon grand-père avait accroché des étiquettes à toutes les manettes de la voiture. J’ai ensuite écrit de la fiction, essentiellement pour la jeunesse.

LC de Mlv : Après « Sept ans plus tard », « Foulée d’enfer » est votre second roman à paraître aux Éditions Rageot, collection Heure Noire. Quelle est la particularité de cette collection ?

J.C. T. : Il s’agit d’une très belle collection, de romans policiers, essentiellement français. Cette collection s’adresse aux lecteurs de plus de 12 ans. L’âge moyen des lecteurs est de quinze ans.

Tous les textes publiés (6 à 8 titres par an) sont des textes noirs. Beaucoup interrogent sur la société, d’autres intègrent aussi la dimension historique. Le parrain de cette collection est sans conteste Christian Grenier.

 

LC de Mlv : Pouvez-vous nous présenter Foulée d’enfer ?

J.C. T. Foulée d’enfer s’inscrit complètement dans cette ligne de romans noirs qui interroge le lecteur sur les questions de société. Ici les dérives sécuritaires et la double peine…

Le héros se prénomme Alex. Il a 17 ans et une passion : la course à pied. Avec son coach et ami Omar, il prépare son premier semi-marathon. Côté familial, l’ambiance est lourde et se dégrade un peu plus quand son père, après plusieurs cambriolages commis dans le quartier, rejoint les voisins pour monter la garde et rétablir l’ordre. Alex vit mal cette dérive sécuritaire. Un soir, alors qu’il sort retrouver Stessy dont il est amoureux, il voit ce qu’il n’aurait jamais dû voir. Dès cet instant, il n’aura de cesse de courir après la vérité. Une quête qui se transformera vite en un terrible tourbillon, prêt à engloutir sa passion, sa vie et ses amis.

LC de Mlv : Écrire est un travail exigeant, qui demande de la rigueur, et du temps. Comment travaillez-vous au quotidien ?

J.C. T.  : Écrire est avant tout un plaisir. Quand je suis sur le premier jet d’un texte, je me mets au travail dès 6h30 le matin et j’écris jusqu’à environ 13h00. Je m’y remets ensuite deux ou trois heures l’après-midi. Je ne travaille jamais au-delà de 16h30 ; mon cerveau est alors aux abonnés absents.

 

LC de Mlv : La musique est présente dans vos romans. Quelle est son importance dans votre travail au quotidien ?

J.C. T. : Á chaque texte un morceau, que j’écoute en boucle durant toutes les phases d’écriture et de re-travail. Le morceau correspond à l’ambiance et au rythme que je souhaite impulser au texte. Je le choisis donc avec soin.

Dès les premières mesures, je suis instantanément replongé dans l’histoire, et me retrouve au milieu de mes personnages. Il s’agit ni plus ni moins d’une technique de conditionnement du cerveau.

 

LC de Mlv : Vous écrivez aussi des pièces radiophoniques, en quoi cet exercice est-il différent ?

JC T : J’écris effectivement des pièces radiophoniques qui sont diffusées sur France Inter, pour l’émission Nuits Noires, produite par Patrick Liegibel. Il s’agit de pièces noires, pour adultes. Toute l’intrigue se déroule au travers des dialogues et de l’ambiance sonore réalisée par le bruiteur et le réalisateur, à qui je donne des indications. J’aime beaucoup cet exercice, car avec quelques mots, il faut plonger l’auditeur dans une ambiance forte.

En fait, j’aime varier les plaisirs. Passer d’un polar ados à une pièce radiophonique, puis écrire un petit roman pour les 6-8 ans, avant de me lancer dans une grande aventure fantastique.

 

LC de Mlv : Vous êtes directeur de la collection « Quelqu’un m’a dit » aux Editions IN8. Comment est née l’idée de cette collection ? Comment les titres sont-ils sélectionnés ?

J.C. T. :  La collection Quelqu’un m’a dit est une collection de nouvelles longues, des novelas, d’anticipation sociale. Tous les titres sont des phrases qui sont entrées dans l’inconscient collectif, et qui sont un marqueur de leur époque : Yes we can, Justice est faite, A l’insu de mon plein gré, Le temps de cerveau disponible…. J’ai recensé plus d’une trentaine de phrases qui feront autant de titres.

Chaque auteur a pour mission de rédiger un texte noir, mais aussi décalé, qui va traiter une de ces phrases de manière détournée.

LC de Mlv : Vous êtes le fondateur du salon du livre de Pau : Un Aller-Retour dans le Noir. Votre métier d’auteur est-il un atout, pour devancer les attentes des auteurs -et des lecteurs- lors de la préparation de celui-ci  ?

J.C. T. : Le salon Un Aller-Retour dans le Noir est un salon d’auteurs, qui se déroule chaque premier week-end d’octobre. On y invite aussi bien des auteurs français qu’étrangers, écrivant pour les adultes ou le jeune public. Être à la fois auteur et lecteur permet effectivement de prendre en compte les désirs de chacun et de faire un salon où tout le monde se sente bien. Nous favorisons une grande convivialité et une grande proximité entre les auteurs et le public.

Ce salon met en avant toutes les formes de littérature noire et policière, en invitant de très grands auteurs (Deon Meyer sera présent à la prochaine édition), mais aussi des premiers romans dont nous pensons que les auteurs seront les grands du polar de demain.

 

LC de Mlv : Une dernière question, avant de vous remercier pour avoir accepté cette interview. Quelles passions vous permettent de vous ressourcer en dehors des périodes d’écriture ?

J.C. T. : Comme la plupart des personnes qui travaillent dans un domaine lié à la création, je suis un curieux pathologique. J’aime donc visiter, rencontrer, voyager. Avec un goût particulier pour l’Asie.

Je remercie Jean-Christophe Tixier pour sa disponibilité, et vous invite à aller suivre son actualité ICI , ainsi que sur le site du Festival Un Aller-Retour dans le Noir !

 

© Les Chroniques de Mv 21-04-2014

© Un livre après l’autre

 

Lorraine Fouchet

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Lorraine Fouchet au Salon du livre de Paris 22 mars dernier

Photo : droits réservés Les Chroniques de Mlv

 

Sur le Salon du Livre de Paris, j’ai pu convenir d’un rendez-vous avec Lorraine Fouchet, afin de pouvoir échanger sur son actualité littéraire…

Tout d’abord, j’ai voulu en savoir un peu plus sur son arrivée dans la maison d’édition Héloïse d’Ormesson. Tout en restant en bon terme avec son éditeur précédent, c’était « un changement important » -m’a-t-elle confié- car il lui a permis de revenir vers « son éditeur historique ». En effet, après avoir débuté sa carrière auprès de Françoise Verny, la romancière a, par la suite, travaillé avec Héloïse d’Ormesson ; « lorsque l’on connaît le lien de parenté entre Héloïse et Jean D’Ormesson », J’ai rendez-vous avec toi ne pouvait être publié que par la maison EHO. Puis, je lui ai demandé comment elle sélectionnait les musiques qu’elle partage avec ses lectrices, en fin de livre, depuis trois romans. « Les titres viennent vers elle naturellement,  au fur et à mesure qu’elle écrit » (je ne sais pas pour vous, mais en ce qui me concerne, ma curiosité musicale est toujours éveillée, lorsque je découvre les playlists qui accompagnent les auteurs dans leur travail). Enfin, la question évidente : que représentait le Salon du Livre de Paris, mais aussi, ceux de province ? « Il n’y a aucune comparaison », « les salons de province sont l’occasion d’associer le travail et le plaisir », « celui d’aller vers des lecteurs qui aiment les livres », « de retrouver des amis ». La Journée du Livre de Sablet, ainsi que le Salon du Livre en Bretagne, à Vannes, sont de magnifiques exemples de lieux où des « retrouvailles chaleureuses entre un auteur et son lectorat » se déroulent régulièrement. « Paris, c’est du travail, c’est une épreuve physique à cause du bruit, de la bousculade, et de l’immensité de l’endroit. De plus, « Il y a des lecteurs passionnés, mais aussi des personnes qui ne viennent pas là pour les livres, mais simplement pour apercevoir une personnalité, obtenir un autographe »…

Un immense merci à Lorraine Fouchet pour sa gentillesse, ainsi que pour ce joli moment passé en sa compagnie. Si vous êtes en Bretagne le 21 et 22 juin prochain, courez à sa rencontre au Salon du Livre de Vannes !

Son site est ICI

 

© Un livre après l’autre

Rencontre avec Francesca Orlando-Trouvé des Éditions Retrouvées !

Le Salon du Livre de Paris, c’est l’occasion d’aller à la rencontre des auteurs, mais aussi, des éditeurs…

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… C’est avec plaisir que j’y ai retrouvé Francesca Orlando-Trouvé, dont la maison d’édition a désormais trouvé sa place. C’est autour d’un café, en plein Salon, que nous avons pu échanger, et je l’en remercie beaucoup.

 

Les Chroniques de Mlv : Que représente le Salon du Livre de Paris pour un éditeur ?

Francesca Orlando-Trouvé : Le salon du livre est une immense librairie à ciel ouvert. C’est l’occasion de rencontrer non seulement le lecteur, mais également les autres professionnels du livre, notamment les éditeurs qui sont en province.  Cela permet de voir ce que font les autres, d’échanger. Pour le lecteur, c’est tellement sympathique de voir les auteurs dédicacer, de pouvoir flâner sur les différents stands. J’adore aller chez les éditeurs de BD et voir des adolescents et des enfants assis par terre avec un livre entre les mains, complètement absorbés.

Francesca Orlando-Trouvé, directrice des Éditions Retrouvées / Photo : droits réservés Les Chroniques de Mlv

Les Chroniques de Mlv : Quel regard portez-vous sur les deux premières années d’existence des Éditions Retrouvées (les difficultés, comme les bonnes surprises) ? Quels sont les titres qui vont être à l’honneur dans les prochains mois ?

Francesca Orlando-Trouvé : Les deux premières années ont été riches d’enseignement. De bonnes surprises comme de difficultés. Le marché du livre est un peu compliqué en ce moment et il faut se battre pour être visible lorsqu’on est un petit éditeur. Je commence ma troisième année, et je continue à me battre… J’ai de beaux projets prévus dans les prochains mois,  notamment un très beau titre de Bernard Giraudeau, Le Marin à l’ancre en avril. Il y a également en mai un des titres mythiques de Gilbert Cesbron, Chiens perdus sans collierLa maison au clair de lune de Mary Higgins Clark en avril est une vraie redécouverte, tout comme L’année du certif de Michel Jeury.

Vous pouvez retrouver la collection complète des Editions Retrouvées, et soutenir cette jeune maison, en cliquant ICI 

© Photo et Texte Les Chroniques de Mlv 29-03-2014

© Un Livre après l’autre

 

Myra Eljundir

Drôle de photo pour illustrer l’interview de ce jour, vous l’aurez remarqué, l’auteure que j’ai eu le plaisir d’interviewer pour ce Slog s’amuse ! Un mystère plane sur la véritable identité de Myra Eljundir, la romancière qui a choisi ce pseudonyme pour écrire les aventures de Kaleb, un personnage doté d’une empathie hors norme, et fasciné par le mal. Cette trilogie est sortie dans la collection R, chez Robert Laffont. De son refuge islandais, l’auteure a accepté de répondre à quelques questions, je l’en remercie, et vous propose de partager ce moment avec moi.

Photo Myra Eljundir

Photo : droits réservés Myra Eljundir

Les Chroniques de Mlv : Myra, bonjour, merci d’être l’invitée de ce Slog. Tout d’abord, sans nous dévoiler votre véritable identité -bien sûr- pouvez-vous nous expliquer pourquoi vous avez choisi un pseudonyme pour écrire Kaleb ?

Myra Eljundir : Bonjour à vous et surtout merci pour votre patience : j’ai un peu traîné pour répondre et j’en suis désolée. Les raisons de mon choix de rester « à couvert » sont nombreuses. Elles sont principalement liées à ce ‘petit défaut de fabrication’ que je partage avec Kaleb : j’ai du mal à ne pas me laisser envahir par les demandes, les besoins que je ressens chez les autres et cela m’affecte, me ronge. C’est plus facile pour moi de n’être « personne » en particulier, et que les autres voient en moi ce qui leur convient. Un auteur n’est qu’un médiateur, au final, et je préfère être perçue comme un vecteur d’histoire, le porte-parole de mes personnages, parce que c’est cela qui compte vraiment.

LC de Mlv : Est-ce une manière de vous protéger, de garder une distance avec votre métier d’auteur ?

M.E: Absolument ! Je crois que la distance est primordiale. Il est nécessaire de ne pas se prendre trop au sérieux ou se donner trop d’importance. De toute façon un livre c’est quoi ? Quelques heures dans la vie d’un lecteur. Quelques heures pendant lesquelles on l’a diverti, ému, où on l’a fait réfléchir parfois, certes. Et cela c’est à faire avec sérieux. Mais pour le reste, cela reste quelques heures anecdotiques dans une vie… donc SE prendre au sérieux serait très prétentieux et rien de tel que la distance pour lutter contre la grosse tête. Et puis je vais vous faire une confidence : je m’amuse comme une petite folle en me déguisant et en prenant le contre-pied de ce que demanderait une ‘promo’ classique ! Un auteur à tête de mort ou de licorne, avouez que ça a plus d’allure !

LC de Mlv : L’expérience que vous avez acquise grâce à votre identité secrète était-elle un atout pour écrire Kaleb ?

M.Ah ah ah ! Mais si je n’avais que deux identités, tout irait bien ! Il y a une citation que je vois parfois passer sur Facebook et qui m’amuse beaucoup : « 3 de mes 4 personnalités veulent dormir, mais la quatrième se demande si les pingouins ont des genoux » c’est tout à fait moi, ça ! Bon mais pour revenir à votre question, je suis riche de toutes mes expériences d’auteur (au moins je sais ce que je ne veux pas/plus) et aussi de mes expériences personnelles. Vous savez, les écrivains sont des vampires qui se nourrissent de tout ce qu’ils vivent et de tous ceux qu’ils croisent… même de cette interview.

LC de Mlv : L’histoire de Kaleb est violente ; lui-même, l’est. Pouvez-vous nous raconter comment il est né dans votre imagination ?

M.E: Kaleb c’est moi, en partie. La colère, le sentiment d’injustice, la tentation de tout envoyer paître et de ne plus fonctionner selon des codes qui nous étouffent, les envies de violence, c’est ce que je ressens au quotidien, très fort. J’ai eu besoin de le pousser, de l’écrire, de me créer un alter ego pour me libérer de ça. Et puis comme la création a quelque chose de magique, il s’est incarné et a pris une identité qui lui était propre. Moi j’ai simplement déchiré un morceau du voile mais je ne m’attendais pas forcément à ce qu’il y avait derrière. J’étais loin d’imaginer, par exemple, que j’allais créer cette mythologie des enfants du volcan… pourtant, aujourd’hui, je crois que Kaleb/la colère était là uniquement pour me conduire jusqu’à eux, jusqu’aux origines, jusqu’à l’amour et l’émotion purs qui se dégagent de leur histoire. Il était là pour me réconcilier avec la beauté des choses…

 

LC de Mlv : Pourquoi lui avez-vous donné des origines islandaises ?

M.E: Parce que j’associe Kaleb à un volcan et à l’adolescence. Aucun pays ne lui ressemble autant que l’Islande, terre de feu et de glace en constant mouvement, où des geysers et des solfatares se créent tous les jours, où la topographie évolue presque à l’œil nu ! Pour moi, l’Islande est à la fois une terre forte et fragile, une terre de guerre et de paix… C’est un endroit où j’aime me ressourcer.

 

LC de Mlv : Comment l’écriture est-elle arrivée dans votre vie ?

M.E: Comme une évidence… Comme une extension de moi-même. Aussi loin que je me souvienne, j’ai toujours écrit (enfin dès que j’ai su !). Je crois que l’écriture m’est venue dès mon arrivée dans ce monde ! C’était un « package ».

 

LC de Mlv : Comment gérez-vous l’écriture au quotidien ? Avez-vous des habitudes de travail ?

ME: Je ne gère rien du tout. Elle s’impose à moi… J’ai bien sûr des habitudes et des petits rituels… mais si je vous les disais vous pourriez me reconnaître car l’autre moi en a déjà parlé dans des interviews ! (je vais finir schizo).

 

LC de Mlv : Lorsque vous n’écrivez pas, quelles sont vos passions ?  Celles qui vous permettent de vous ressourcer ?

ME : Le sport. Essentiel pour mon bien être physique et psychologique. La musique, la nature que je consomme sans modération ! Rien ne me fait autant de bien que d’être à la campagne ou dans la forêt ! J’enlace les arbres, je caresse la mousse… on me prend sûrement pour une folle mais ça m’est égal ! La vie est trop courte pour se soucier du regard des autres ! Si vous avez lu mon dernier tome, vous savez aussi que j’aime bien faire des gâteaux… je suis gourmande et j’adore partager ce petit vice avec des personnes qui me sont chères !

 

LC de Mlv : Dernière question avant de vous remercier une nouvelle fois pour votre présence.  Dans votre bibliothèque, quel registre littéraire est le plus présent : jeunesse ou polar ?

M. E: Merci à vous de m’avoir donné la parole ! Dans ma bibliothèque, il y a beaucoup de fantastique, de la philo, des manuels de scénariste, des livres de contes… et une magnifique araignée qui fait les 2/3 de ma paume : je n’ose pas la déloger, elle est trop belle !

Pour celles et ceux qui se poseraient la question : non, je n’ai pas deviné la véritable identité de Myra Eljundir !  Je la remercie pour ce moment sympathique passé en sa compagnie, et vous invite à la retrouver sur sa page Facebook ICI !

 

© Les Chroniques de Mlv 16-03-14

© Un livre après l’autre

 

Fred Bernard et François Roca

Fred Bernard et François Roca / Photographe Eric Garault

En novembre dernier, lors du Salon du Livre Jeunesse de Lorient,  j’ai eu la chance de rencontrer Fred Bernard et François Roca. Une aubaine, alors que je venais de découvrir un de leurs albums : Rose et l’automate de l’opéra. Ces deux auteurs ont remporté un franc succès pendant ce week-end littéraire ! Sur le stand,  la bonne humeur était de rigueur, une façon fort agréable de patienter, avant d’obtenir une dédicace sur les albums de ces deux auteurs, liés par une amitié de 20 ans. Une collaboration qui donne une moisson d’albums attrayants. Je vous propose de passer un moment en leur compagnie…

Les Chroniques de Mlv : Fred Bernard et François Roca, bonjour,  merci à tous les deux pour avoir accepté d’être les invités de ce Slog. Première question : pouvez-vous nous en dire un peu plus sur vos parcours individuels avant votre rencontre ?

Fred Bernard :  De l’enfance à la terminale, je voulais devenir vétérinaire en Afrique. J’étais, et je reste, un grand fan des sciences et un amoureux de la nature, mais parallèlement, la littérature et le dessin prenaient de plus en plus de place dans ma vie. J’allais aux cours du soir des Beaux-Arts de Beaune, et quand les professeurs m’ont conseillé de passer le concours, je l’ai fait et j’ai été reçu. Quand j’ai annoncé à mes parents que je voulais tenter l’aventure, ils n’ont pas été ravis, loin de là, mais ils m’ont laissé faire… Je les rassurais en leur disant que je voulais faire de la pub, mais c’était faux puisque je plaçais les vendeurs de frustrations tout de suite derrière les marchands d’armes. C’est à cette époque que j’ai commencé à voyager.

Après 2 ans de Beaux-Arts, j’en savais plus sur ce que je voulais tenter de faire, raconter les histoires qui tournaient dans ma tête. Alors je suis allé à l’école Emilie Cohl de Lyon, spécialisée dans le dessin animé, l’illustration et la bande dessinée. C’est là que j’ai rencontré François et que nous sommes devenus amis.

François Roca :  Pour ma part j’ai toujours adoré dessiner et donc je me suis assez vite orienté vers des études de dessin dès la seconde. Une sorte de dessin-étude  ce qui m’a permis ensuite d’intégrer les arts appliqués à Olivier de Serres. Mais bon c’était surtout de la com, de la pub et ce n’était pas vraiment ma tasse de thé ! Après ces deux ans,  j’ai intégré Émile Cohl où là, j’ai pu vraiment m’épanouir…

LC de Mlv : Comment l’idée de votre première collaboration littéraire est-elle née ?

F. B. : François et moi nous sommes rencontrés en plein âge d’or de l’album jeunesse. Ce qu’il y avait de plus beau, de plus novateur, de plus vivifiant naissait dans l’édition jeunesse. C’était trop tentant ! Toutefois, pendant nos études, pas une seconde nous n’avons songé à travailler ensemble. On s’amusait, participait au même fanzine (« Odieux », créé par François et deux amies à lui), on partait en vacances ensemble. J’adorais le travail virtuose de   peinture de François, mon dessin était plus proche de la bande dessinée. Le milieu de la BD, lui, vivait sur ses acquis depuis 15 ans, mais L’Association commençait à montrer le bout de la queue de sa revue Lapin, et le vent allait   bientôt tourner… Je suis parti un an en Angleterre, berceau de la littérature jeunesse, où j’ai commencé à démarcher les éditeurs britanniques, certains voulaient bien travailler avec moi à la condition sine qua non que je reste vivre là-bas. À mon retour en France, François m’a demandé de lui écrire une histoire car les éditeurs français ne lui     proposaient que des histoires trop éloignées de son univers. Il faut dire que son travail de fin d’études portait sur le film Freaks de Tod Browning… Et j’ai écrit La reine des fourmis a disparu en 1995, sorti en 1996 chez Albin Michel, et Le train jaune dans la foulée, sorti en 1998 au Seuil.

F. R : En fait, Fred était un des seuls élèves d’Émile Cohl à aimer autant écrire que dessiner, ce qui était plutôt   rare, et puis des choses qui tenaient vraiment la route ! Donc c’est assez naturellement que je lui ai demandé de voir si il ne pouvait pas écrire une histoire avec des animaux ; Je savais qu’il aimait bien ça, cela a donné La reine des fourmis

LC de Mlv : Comment choisissez-vous les thèmes que vous souhaitez aborder ?

F. B : Dès le premier album, nous avons beaucoup discuté avant de nous lancer, François désirait dessiner des animaux, ce qu’il avait peu ou pas fait pendant nos études, j’avais envie d’un pays chaud, François avait envie de dessiner une grande ville américaine, et un vieil avion à hélice… Ces éléments de départ se retrouvent tous dans La reine des fourmis a disparu. Nous sommes restés sur ce mode depuis presque 20 ans et 20 albums plus tard. On se met d’accord sur un thème très vaste, un thème que l’on aime tous les deux depuis notre enfance, un pays que  nous avons visité ensemble ou pas : l’Inde, les pirates, le grand nord, l’Afrique, les avions… On discute et je me lance…

F. R. :  Oui cela vient soit de Fred soit de moi, je dirais la première impulsion, celle qui va donner envie à l’autre de rebondir ! Et puis, chacun amène des idées et c’est comme ça que le travail s’enrichit au fur et à mesure.

LC de Mlv : Votre parcours professionnel en duo est-il complémentaire de celui en solo ? L’un vous permet-il d’être plus libre dans les sujets abordés que l’autre ?

F. B. : Pour ma part, mon travail solo en bande dessinée est le prolongement direct et complète en effet mon travail en jeunesse… Ils sont les deux faces d’une même pièce, les deux demandent beaucoup de travail et j’y prends le même plaisir, l’un nourrit l’autre et je pousse les deux catégories jusqu’au bout de mes envies avec l’aval et l’approbation de mes éditeurs. Mais travailler à deux est plus rassurant… Je dessinais peu en jeunesse, et c’est grâce aux illustrations de François que nous pouvions aborder certains thèmes sans effrayer éditeurs et lecteurs. En écrivant Jésus Betz et Jeanne et le Mokélé nous avons aperçu la frontière… Qu’est-ce qui est « Jeunesse » ou pas ? La complexité du récit et des personnages, la crudité de certaines scènes ne s’adressent plus à un jeune lectorat et c’est avec une version « adulte » de Jeanne et le Mokélé paru chez Albin Michel, devenue La tendresse des crocodiles que j’ai réalisé ma première BD au Seuil. Idem pour la version adulte deL’homme-bonsaï, les deux récits sont complémentaires et ont deux vies complètement distinctes car ils ne s’adressent pas au même public.

F. R : Pour ce qui est de mon travail avec Fred il me permet effectivement de choisir des thèmes qui me plaisent et  donc d’avoir plus de liberté même si j’ai toujours le choix d’accepter ou de refuser les projets que l’on me propose par ailleurs.

LC de Mlv : Travailler à deux nécessite une organisation particulière. Comment procédez-vous ? Quel élément est prioritaire pour entreprendre un projet commun : l’illustration ou le texte ?

F. B : L’éditeur doit d’abord dire « oui » au texte avant que François commence les dessins. Ensuite les choses se font très naturellement. Nous réalisons le découpage ensemble, et toutes les 2 ou 3 illustrations, nous faisons un point. François parle d’un relais, et il a raison. De la même façon qu’il me fait des remarques sur l’histoire, j’en fais sur ses dessins, et ce, du début à la toute fin du projet. C’est ainsi que nous cherchons et trouvons l’équilibre texte-image, à tâtons…  Dans la plupart des albums jeunesse réalisés à quatre mains, les auteurs ne se rencontrent pas et c’est l’éditeur qui tranche et décide, cela fait une énorme différence avec notre travail.

LC de Mlv : Comment se déroule -pour chacun de vous- une journée de travail ? Quelles sont vos habitudes ?

F. B : Je travaille le jour, la nuit souvent… Il faut que je parte bien loin en vacances pour ne pas toujours travailler, et encore, je prendrai des notes et ferai des croquis de voyage pour le plaisir d’abord. C’est toujours un travail colossal qu’on ne peut guère deviner à moins d’être de la partie… Ces livres lus en 20 mn ou 1h, ou plus en BD, demandent des mois de dessins, des semaines d’écritures, de longues journée de recherche de documentation… C’est très long, laborieux, empirique et passionnant. J’ai parfois l’impression de « faire de la recherche », et j’aime ce sentiment d’être une sorte de professeur touche à tout, comme à l’époque des lumières, mais en amateur ! Par ailleurs, c’est dans ma cuisine que je préfère écrire et dessiner, c’est là que j’élabore nos histoires, et sans livre de recettes !

F. R. : Pas d’habitudes particulières à part le fait que j’ai toujours travaillé seul. je me rappelle que j’avais beaucoup de mal à bosser à l’école entouré de mes petits camarades, il me faut le calme et la concentration nécessaires pour m’immerger pleinement dans mon « monde »  et lorsque je suis bien, j’arrive à me déconnecter du quotidien qui m’entoure, et le temps file à une vitesse… C’est cela que je recherche et que m’apporte la peinture depuis de   nombreuses années.

LC de Mlv : Rose et l’automate de l’opéra, L’indien de la Tour Eiffel, sont des histoires très différentes. Mais le point commun -à mon sens- n’est-il pas celui de la rencontre de deux êtres différents qui s’aiment, se soutiennent, et montrent une ouverture vers l’autre (les autres) au-delà de la différence ?

F. B : C’est toujours plus ou moins le thème, caché ou non, de toutes nos histoires ! Sans doute parce que je réagis de façon très épidermique à l’injustice, au racisme au refus des différences en général…

F. R. : C’est un de nos thèmes, qui revient souvent, peut-être « à l’insu de notre plein gré » ? Et puis c’est un ressort dramatique inépuisable..

LC de Mlv : Quels sont les loisirs qui vous permettent de vous ressourcer ou carrément de trouver l’inspiration ?

F. B : Les voyages et la lecture avant tout. La musique ensuite, toutes les musiques. Le cinéma aussi, mais le meilleur du cinéma provient bien souvent de la littérature et de la peinture, et les meilleurs films ont des BO inoubliables !

F. R. :  Tout pareil !

LC de Mlv : Dans vos bibliothèques personnelles quels livres -ou albums- ont votre préférence ?

F. B. : Mes albums jeunesses préférés sont ceux de Tomi Ungerer, Adelchi Galloni, Mitsumasa Anno. François Place plus proche de nous…

Les romans d’écrivains voyageurs ont bercé mon adolescence et me bercent encore : London, Hemingway, Melville, Stevenson, Conrad, je ne m’en lasse pas ! Umberto Eco, Alberto Mangel m’enchantent également…

F. R. :   Un peu comme Fred avec la différence que j’ai une bibliothèque remplie en majorité de livres d’art.

LC de Mlv : Avant de vous remercier pour vos réponses. Une dernière question : un nouveau projet commun est-il déjà en cours ?

F. B  : Sans plaisanter, nous avons juste quelques visions inspirées de The Game of Thrones et d’une virée de François à Minsk en février dernier : le froid, de la neige, des forêts, des chevaliers, une princesse blonde… On va voir ce qu’on peut faire avec tout ça… Merci beaucoup pour vos questions !

En attendant la version Fred Bernard/François Roca de The Games of Thrones, je les remercie une nouvelle fois pour le temps qu’ils m’ont accordé, afin de vous présenter leur travail, et vous suggère de choisir dans leurs bibliographies votre prochaine lecture !

© Les Chroniques de Mlv 09-02-2014

© Unlivre après l’autre

Un livre, une interview !

Karine Tuil / Photographe Jean-François Paga

Grâce au livre L’invention de nos vies,  sorti récemment aux Editions Grassetj’ai découvert la plume de Karine Tuil. Une écriture ciselée, percutante, violente, parfois. L’auteur m’a entraînée dans le sillage de ses personnages, sans que je puisse m’arrêter avant de connaître le dénouement de l’histoire. Bien que son emploi du temps soit minuté, elle a eu la gentillesse d’accepter une interview pour ce Slog, et je l’en remercie une nouvelle fois. Je vous laisse en sa compagnie…

 

Les Chroniques de Mlv : Karine Tuil, bonjour,  et merci d’avoir accepté d’être l’invitée de ce Slog. L’invention de nos vies (Grasset)  est votre neuvième romanpouvez-vous nous raconter la genèse de ce livre ?

Karine Tuil : J’avais été très marquée par la vague de suicides à France Telecom il y a quelques années. J’ai eu le sentiment que quelque chose ne fonctionnait plus dans notre société. La pression sociale, l’obsession de la réussite, de la performance, le climat concurrentiel, compétitif, avaient perverti tous nos systèmes de pensée et altéré les règles socio-professionnelles. J’ai eu alors envie d’écrire sur ce sujet, de retracer l’itinéraire d’un homme qui serait contraint au mensonge d’identité et à la manipulation pour trouver sa place sociale. Montrer aussi des personnages ambigus, animés de sentiments contradictoires, les placer successivement dans des situations d’échec ou de réussite. Analyser leurs réactions avec, en toile de fond, des histoires d’amour avortées.

LC de Mlv :  Juste avant sa chute, Samir avait-il atteint le point de non-retour dans la manipulation, et la trahison des siens ?

K. T : Comme le dit le proverbe qui m’a guidée tout au long de l’écriture de ce livre : « Avec le mensonge on peut aller très loin mais on n’en revient jamais. » Aux Etats-Unis, Samir avait construit sa réussite exemplaire sur un mensonge d’identité et était contraint à la dissimulation. Il ne pouvait pas avouer la vérité à sa femme, à ses associés, leur dire qu’il était musulman. Toute sa vie avait été construite autour de ce mensonge. De surcroît, il avait pillé des éléments biographiques de son ancien meilleur ami Samuel pour écrire sa propre mythologie.

LC de Mlv : Grand avocat,  il va plaider la défense des femmes victimes de violences -on peut le comprendre à la lecture de son passé. Or, en privé, il se montre pervers, violent, avec ses maîtresses, sa femme, et Nina. N’est-ce pas un choix professionnel ambigu de sa part ?

K. T : Samir Tahar est un personnage ambigu, complexe et c’est sans doute ce qui le rend intéressant, mystérieux, énigmatique. A l’adolescence, il a été témoin d’un viol collectif et en a été traumatisé. Mais plus tard, il sera cet homme à femmes, charismatique, séducteur et un peu brutal dans son approche de la sexualité. Ce n’est pas contradictoire car, dans ses relations adultères, ses compagnes sont toutes consentantes. Par ailleurs, la sexualité, la sphère intime, sont les seuls espaces où Samir peut enfin être lui-même. Il demande ainsi à des prostituées de l’appeler Samir, redevenant l’homme qu’il a été. Enfin, son comportement sexuel trahit aussi des rapports de force sociaux. Dans un lit, Samir est celui qui domine et, comme l’écrivait Norman Mailer, « Au lit, les gens se massacrent. »

LC de Mlv : Nina est emprisonnée par sa beauté, Samir par sa trahison, et Samuel, par l’impossibilité d’écrire. La délivrance de chacun ne passera que par la chute de Samir. Ils sont, d’une certaine façon, tous les trois fusionnels, non ?

K. T : Ils sont liés par une communauté de destins. A vingt ans, ils étaient très fusionnels mais leur amitié n’a pas survécu à la trahison de Samir et Nina suivie de la tentative de suicide de Samuel.

LC de Mlv : Samir tient des propos violents sur les auteurs lorsque Samuel vient lui rendre visite en détention.  « égocentriques, narcissiques et manipulateurs » est-ce la vision que vous avez de votre métier ?

K. T : Samir est persuadé que Samuel ne vient que par intérêt littéraire. Je pense qu’effectivement, les écrivains sont souvent égocentriques, narcissiques et manipulateurs. Il faut être obsédé par son travail pour écrire, par les moyens à mettre en œuvre pour s’y consacrer.

LC de Mlv : Avez-vous choisi d’être romancière ? Ou bien, est-ce ce métier qui vous a choisie ?

K. T : J’ai toujours aimé écrire. Du plus loin que je me souvienne, j’ai toujours aimé les livres et les dictionnaires. J’avais une passion pour les mots. Il y a quelque chose de l’ordre de la vocation dans l’écriture mais je dirais quand même que j’ai choisi d’être écrivain, je m’en suis donné les moyens, j’ai travaillé, je suis allée au bout de mon désir malgré les difficultés et les refus qui ont ponctué mes premiers essais.

LC de Mlv : Comment se passe une journée d’écriture ? Avez-vous des habitudes de travail ?

K. T : Je me mets au travail dès 8h du matin. J’ai autour de moi mes carnets de notes, des feuilles volantes, des dictionnaires et mon ordinateur. Parfois je mets un peu de musique classique. Je travaille jusqu’à l’heure du déjeuner, je fais une pause, je vais souvent courir ou marcher, c’est très propice à la réflexion. L’après-midi, je relis ce que j’ai écrit ou je travaille sur un autre projet. Le soir, je lis. J’essaye de lire deux ou trois heures par soir.

LC de Mlv : C’est la quatrième fois qu’un de vos livres est en lice pour le prix Goncourt. Quelle a été votre réaction en prenant connaissance de cette nomination ?

K. T : J’en ai été très heureuse. C’est une forme de reconnaissance qui fait plaisir. Par ailleurs, je suis fille d’immigrés et, pour mes parents, qui m’ont élevée dans l’amour de la France et de la langue française, cette nomination revêt un sens particulier.

LC de Mlv : En tant que passionnée de cinéma, si vous deviez choisir le casting de L’invention de nos vies , qui interprèterait  Nina, Samir et Samuel ?

K. T : Je ne sais pas qui interprèterait Nina et Samuel mais je peux vous avouer que je me suis inspirée de l’acteur Tahar Rahim que j’adore pour décrire le personnage de Samir Tahar.

LC de Mlv :  Une dernière question avant de vous remercier infiniment pour nous avoir accordé de votre temps. Lorsque Samuel rencontre le succès, celui-ci lui fait peur. Il n’est pas heureux. Êtes-vous heureuse ?

K. T : Comme je le dis dans le livre : « Ecrire, c’est se confronter quotidiennement à l’échec ». Dans ces conditions, je ne sais pas si l’on peut être pleinement heureux en tant qu’écrivain, je suis même sûre du contraire. Et je pourrais faire miens les mots de Thomas Bernhard dans« Gel » : « J’étais persuadé que l’erreur d’avoir placé tous mes espoirs dans la littérature allait m’étouffer. Je ne voulais plus entendre parler de littérature. Elle ne m’avait pas rendu heureux. »

 

L’invention de nos vies est disponible chez votre libraire depuis le 21 août dernier.

 

Afin de suivre l’actualité de Karine Tuil, je vous invite à consulter son site, en cliquant ICI.

 

© Les Chroniques de Mlv 28-10-13

© Un livre après l’autre

Un mercredi avec Marie Diaz !

La Reine des Glaces Marie Diaz

En juin dernier, j’ai rencontré Marie Diaz lors du Salon du Livre de Vannes. Elle a gentiment accepté de poursuivre notre sympathique conversation par le biais d’une interview. Je vous propose donc d’aller à sa rencontre, pour découvrir  son parcours,  ses projets, mais aussi, la genèse de son album « La Reine des Glaces »…

 

Les Chroniques de Mlv  : Bonjour Marie, pouvez-vous nous expliquer votre parcours ?

Marie Diaz :  Bonjour ! Pour résumer je dirais que je suis essentiellement une rêveuse qui a eu la chance de rencontrer les histoires très tôt… J’avais, et j’ai toujours, beaucoup de mal avec le monde dit ‘réel’, dans lequel on veut enfermer les gens comme des poissons rouges dans un bocal.

Les livres étaient  très présents dans ma famille ; mes parents lisaient pour nous tous les jours et nous apprenaient la curiosité et l’émerveillement devant le monde naturel. Ils nous ont laissé jouer en paix et nous ont toujours encouragés à développer notre créativité. Je me suis rendu compte très vite que c’était une chance rare.

Mon orientation en a découlé, même si je ne le voyais pas comme ça sur le moment, car les choix n’ont pas été faciles. Je voulais par-dessus tout inventer des histoires, écrire et dessiner, mais j’arrivais rarement au bout de ce que je commençais enfant. A l’adolescence, après une interruption, je suis revenue au dessin par le biais du portrait, un sujet d’observation passionnant.  Je ne rêvais même pas de devenir auteur à l’époque, j’espérais juste sortir vivante du carcan du collège-lycée et j’espérais que le monde du dehors ne ressemblerait pas à ce que l’on nous en faisait voir ! Dans mon lycée il n’y avait pas de filière artistique, mais un prof de dessin m’a parlé de l’école Emile Cohl  à Lyon, une école d’art spécialisée en illustration, bande dessinée et animation ; je me suis rendu compte alors que ce que je voulais faire par-dessus tout c’était des albums jeunesse ( Ou plutôt, des contes qui puissent s’adresser à tout le monde, mais je ne me le formulais pas vraiment comme ça à ce moment-là).

 

J’ai passé un bac littéraire et j’ai fait 3 ans d’études à Emile Cohl  ; des années intenses, exigeantes et riches en découvertes artistiques et humaines. J’étais très angoissée de ne pas ‘y arriver’, et de la sortie où il faudrait aller se présenter devant les éditeurs… J’ai découvert l’infinie variété de styles, d’inspirations, de personnalités qui faisaient la richesse des univers graphiques de mes camarades.

C’est là que j’ai compris la nécessité de développer ce qui fait la particularité de chacun, plutôt que chercher à copier les autres.

LC de Mlv : Quelles sont vos sources d’inspirations ?  Comment travaillez-vous vos créations au quotidien (Rythme de travail, lieux, matériels utilisés) ?

M. D. Tout peut être source d’inspiration : une fenêtre allumée, un visage dans la rue, une façade bancale, un arbre ami, la musique sous toutes ses formes, les histoires, le souffle du vent, marcher pieds nus dans le trèfle, rire, échanger avec d’autres, créer avec des enfants…

Mon rythme de travail varie énormément selon le chantier en cours ! En gros je travaille en journée de 9h à 19h, avec des pauses. En cas de vague d’inspiration ou de grosse urgence je peux travailler tard  le soir mais le but pour moi est de gérer l’énergie sur la durée, il faut donc ménager la monture…

Les périodes non-productives en apparence sont également essentielles ; il faut ressourcer l’imaginaire et se dépolluer régulièrement des jugements négatifs qu’on porte sur son propre travail !

Il y a une grosse différence entre le travail d’illustratrice, où je réponds généralement à une commande avec un délai fixé par l’éditeur, et celui d’auteur où je propose des projets personnels, que personne n’attend en général. Il y a aussi les rencontres que je fais dans les classes de primaire et collège, et les créations d’histoires illustrées.

Du coup l’écriture d’une histoire peut s’étaler sur des années parce qu’elle est interrompue par des salons du livre, des animations, d’autres projets, etc.

Globalement j’ai un processus de création très lent. Je ne veux pas lâcher une histoire avant de la sentir vraiment mûre, et je sollicite de plus en plus d’avis extérieurs en cours de création : je conte mes histoires dans les classes, j’envoie mes manuscrits à des proches et des professionnels du livre (libraires, bibliothécaires, enseignants) volontaires pour me faire un retour.

Lorsque plusieurs personnes ‘bloquent’ sur un même passage, une expression ou un mot, je sais que je dois retravailler le texte. Il ne s’agit pas de se laisser influencer de trop ou de gommer sa singularité, mais de sortir d’un prisme de vision trop étroit et prendre du recul par rapport à sa création.

Une œuvre est destinée à être mise dans le monde ; on ne peut pas plaire à tous, mais c’est important de vérifier que d’autres peuvent entrer dans votre création, que vous n’êtes pas juste en train de vous faire plaisir tout seul… Cela oblige à une certaine souplesse d’esprit et un détachement émotionnel, un bon apprentissage même si c’est parfois douloureux !

LC de Mlv : Pour « La Reine des Glaces », vous êtes passée de l’illustratrice à la conteuse. D’après vous, quelle est la force d’un conte ?

M.D. : En réalité j’étais auteur dès mon premier album illustré en 1998, Flanagan et la Baleine, suivi en 2000 du Grand Départ de Flanagan, ainsi que le projet d’un ami que j’avais mis en mots pour lui : La Grande Récolte des Potirouillons (malheureusement pas assez travaillé à mon goût).

Ensuite les textes que j’ai proposés n’ont pas abouti, principalement parce qu’ils n’étaient pas assez travaillés, et sans doute aussi parce qu’ils ne rentraient pas dans les cases des éditeurs pour des albums jeunesse.

A l’école de dessin j’ai été la seule pendant l’année de diplôme à commencer par écrire une nouvelle de 30 pages pour mon scénario de BD… Qu’aucun prof n’a lu !! Je crois qu’au fond je me suis toujours sentie plus auteur qu’illustratrice, même si la distinction est artificielle, car l’illustrateur est complètement co-auteur d’une histoire.

Le mot ‘auteur’ ou, encore pire, ‘écrivain’ est difficile à assumer lorsqu’on n’a pas fait d’études spécifiques, qui d’ailleurs n’existent pas en France, contrairement aux pays anglo-saxons… J’ai mis du temps à l’ajouter sur ma carte de visite.

Pour parler de l’importance du conte il me faudrait un recueil entier, je vais donc me contenter de dire : c’est de l’huile essentielle d’âme humaine !! Toutes nos angoisses les plus profondes, tous nos processus intérieurs personnels et collectifs sont décrits avec précision dans les contes, qui tracent une carte précieuse de la psyché, dans un langage parent du rêve.

Pour moi les contes sont les meilleurs guides de survie qu’on puisse trouver ; c’est aussi la meilleure école en terme de structure narrative, y compris pour les scénaristes de cinéma ou de télévision.

Tous les êtres humains sont des conteurs-nés : toutes nos perceptions de nous-mêmes, de notre relation aux autres et au monde ne sont au fond que des récits en perpétuelle évolution.

Je suis plus à l’aise avec les mots qu’avec le dessin pour exprimer ce que j’ai dans la tête, ou peut-être suis-je simplement plus entraînée – même si je reste passionnée par l’image. La langue du conte est celle qui me vient le plus spontanément quand j’écris ; je ne sais pas pourquoi : c’est un constat. Les contes me visitent et demandent à être racontés avec insistance ; même si c’est un chemin long, progressif et qui nécessite une certaine humilité !

La grande difficulté au fond est de se faire confiance dans l’aventure créative, quel que soit le médium employé, et de tenir son cap à travers les doutes et découragements qui font partie intégrante du chemin.

LC de Mlv : Cet album est librement inspiré de « La Reine des Neiges » de H.C. Andersen. Pourquoi avoir choisi de vous réapproprier ce conte ? Et surtout, comment effectuer cette démarche en respectant l’auteur initial ?

M. D. : Le projet Reine des Glaces n’était pas une commande ; il a surgi d’une nécessité intérieure impérieuse, à un moment difficile de ma vie : je n’avais plus de travail en dessin, et je faisais des ateliers avec des jeunes en situation scolaire et sociale complexes. Cette histoire est venue me revisiter depuis l’enfance  où la lecture d’Andersen m’avait beaucoup marquée. Je voulais la partager avec les élèves.

En relisant l’original (écrit en 1845), je me suis rendu compte de sa difficulté pour des élèves qui lisent peu : le style d’Andersen est très littéraire et le conte est particulièrement long et embrouillé, bien que les images fleurissent en abondance.

Ma relecture différait aussi du souvenir gardé : je trouvais Gerda trop lacrymale, alors qu’elle accomplit un acte d’immense bravoure pour aller sauver son ami Kay égaré dans le vaste monde… L’aspect lourdement moralisateur et certaines images me gênaient, comme le palais plein de dorures, princes, princesses et carrosse. J’avais envie de chevauchées plus épiques, dignes de la rudesse des paysages et de la mythologie nordiques…

J’ai eu l’impulsion de retravailler l’histoire à ma façon, mais en gardant toujours à l’esprit l’hommage à Andersen et ma lecture émerveillée de gamine. A la réflexion, cela a été en effet mon premier acte posé en tant que ‘conteuse’. J’ai énormément travaillé le son et la scansion des phrases. C’était juste avant que j’ose franchir le pas vers l’oralité proprement dite…

 

LC de Mlv : Cette expérience vous-a-elle donné envie de récidiver avec d’autres contes ?

M. D. : Oui ! L’expérience a été extrêmement fertile ; je me suis posée un nombre infini de questions sur ce que j’avais le droit de m’accorder comme changements. Ce sont en fait les questions de tout conteur, et il n’y a jamais de réponse définitive, c’est toujours affaire d’éthique personnelle, de sensibilité, d’air du temps et de ce qu’on vit sur le moment…

J’ai travaillé ce texte pendant des mois, et il s’est passé 2 ans entre la 1èreversion et celle validée avec mon éditrice, au cours desquels j’ai fait beaucoup de dégraissage, car les textes longs passent difficilement en album, et ce temps m’était nécessaire pour me défaire des redondances. Le fait que mon adaptation soit éditée dans la forme que j’avais souhaitée a été miraculeux en soi. Je réécrirais sans doute l’histoire différemment aujourd’hui, mais je reste très fière de l’avoir accompagnée à ma façon.

Après la Reine, j’ai fait énormément de recherches sur un conte canadien qu’on m’avait demandé d’illustrer il y a longtemps chez PEMF, le Voleur de Saisons ; je trouvais l’écriture un peu bancale et je voulais le réécrire car le fond symbolique m’intéressait. Je suis passionnée depuis l’enfance par les cultures amérindiennes.

J’ai donc fait de longues recherches autour du peuple Mi’kmaq (ou Micmac) du Canada, le seul indice sur la provenance du conte étant le nom du sorcier, Mik Maq. C’est au cours de ces lectures que je suis tombée sur l’Invisible (parfois nommé : la Cendrillon micmac, Oochigueas, Burnt-Skin Girl, etc.).

J’ai recueilli un maximum de versions en anglais et français et me suis attelée à ma propre vision… Le travail a été long, car je voulais rendre un hommage respectueux à une culture et éviter autant que possible les projections ethnocentriques. J’ai ensuite travaillé ce conte à l’oral en stage avec ma marraine conteuse, Fiona Mac Leod, et l’ai beaucoup testé en classe avant de le livrer aux éditeurs. Belin a répondu oui presque immédiatement.

Au cours des finitions j’ai aussi fait appel à l’expertise d’une anthropologue canadienne, spécialiste du peuple Mi’kmaq, le Dr. Ruth Whitehead. Bien qu’en retraite, elle a accepté avec une grande générosité de relire mon texte que j’avais traduit en anglais, et de le corriger point par point au téléphone ! C’était une rencontre fantastique. J’espère à présent que ma version en anglais trouve un éditeur et pouvoir aller au Canada partager cette histoire avec sa culture d’origine.


LC de Mlv : Miss Clara a créé de magnifiques illustrations pour « La Reine des Glaces ». Comment cette collaboration est-elle née ?  De quelle façon avez-vous travaillé sur cet album ?

M. D. : Au départ j’espérais illustrer la Reine moi-même. Brigitte Leblanc, mon éditrice, était séduite par le texte mais n’accrochait pas vraiment à mon style d’illustration ; ceci étant posé, j’ai accepté l’idée de le confier à un autre et nous avons donc cherché ensemble des noms d’illustrateurs. J’ai d’abord pensé à François Place, dont j’admire beaucoup l’univers, mais il était occupé à l’écriture d’un roman et il avait bien assez à faire avec tous ses projets.

Ensuite m’est revenu en tête l’album de Peau d’Ane illustré par Miss Clara chez Magnard, et je me suis dit que ce serait formidable si elle acceptait ; je lui ai donc envoyé le manuscrit sans la connaître, et elle m’a répondu rapidement que le projet l’intéressait et qu’elle était passionnée par les contes. Elle avait fait peu d’albums à l’époque, venant du monde du graphisme.

J’ai eu la chance de rencontrer Miss Clara dans sa belle maison bordelaise, qui est un vrai théâtre à son travail de plasticienne. Elle m’a montré les poupées des personnages en cours de fabrication : Freya et la fille de Brigands, faites d’armatures couvertes de papier mâché et peintes à la gouache, un régal pour les yeux !

Je lui ai fourni des photos , musiques et films qui m’avaient inspirée dans l’écriture, mais elle a eu toute liberté d’interprétation : je tenais seulement à ce que Freya ait les cheveux roux.

 Ensuite le travail d’illustration et le maquettage se sont passés en allers-retours secrets entre Miss Clara et Gautier-Languereau, et j’ai découvert la phase finalisée sous forme de maquette numérique, peu de temps avant la parution.  De mon côté, je travaillais les corrections du texte avec Nathalie Marcus, qui m’a beaucoup aidée à épurer des point très précis.

Recevoir l’objet-livre a été l’étape finale, et un émerveillement !

Il correspondait exactement à l’envie que nous avions au départ avec les éditrices d’un livre ancien, précieux et froissé, que l’on pourrait retrouver dans un coffre au grenier. Cette cohérence entre forme et fond a été ressentie je crois par les lecteurs, qui nous ont fait des retours enthousiastes.

Le cadeau supplémentaire a été de recevoir un an plus tard  les traductions en castillan, catalan et basque, et les revues de presse espagnoles.  Le conte étant dédié à mes grands-mères, nées en Espagne, c’est comme si une boucle avait été mystérieusement bouclée …

LC de Mlv : Pouvez-vous nous dire quelques mots sur votre (vos) projets en cours ?

M. D. : Je travaille depuis l’an dernier à l’écriture d’un roman pour adolescents sur les années collège, sur la suggestion d’un directeur de collection. L’écriture de roman était aussi un rêve ancien auquel je n’avais jamais osé m’attaquer, ne me sentant pas encore à la hauteur. Je lis beaucoup de romans pour ados ou jeunes adultes, qui sont actuellement d’une grande diversité de tons et de thèmes, nous avons beaucoup de chance de ce côté en France !

L’adolescence m’a laissé des souvenirs brûlants et chaotiques, que je ré-explore pas à pas ; une tranche d’âge passionnante en termes de métamorphoses, où l’on patauge comme on peut pour définir son identité, où se façonne l’adulte qu’on va devenir.

C’est aussi une période qui fait très peur aux adultes ; demandez autour de vous pour voir quel souvenir gardent les gens de leur passage au collège… ! La société actuelle, très anxiogène, fait de moins en moins de place aux jeunes. J’ai envie de poser toutes ces questions par le biais de l’humour – noir, évidemment !

J’ai aussi des contes qui se bousculent pour venir au jour, soit à l’oral soit à l’écrit, et j’ai bien du mal à faire du tri dans tout ça. Et puis des histoires écrites avec des classes, entre le conte et le roman, qui sont actuellement en lecture auprès d’éditeurs, et qui me tiennent très à cœur…

Les idées ne manquent pas, mais le chemin est long jusqu’à l’acceptation par un éditeur et la réalisation finale d’un livre, d’autant que le marché de l’édition jeunesse traverse de grandes mutations en ce moment.

LC de Mlv : Dans votre bibliothèque, quels livres pourrions-nous découvrir ?

M. D. : Je pense spontanément au roman qui m’a le plus marquée ces dernières années : La Horde du Contrevent, d’Alain Damasio. Ce livre est indescriptible et je ne veux surtout pas le paraphraser, courez le découvrir par vous-mêmes, si vous avez le goût de l’aventure en mots qui laissent des traces indélébiles sous la peau…

En jeunesse  j’ai été marquée par deux romans américains : Qui es-tu Alaska ? de John Green, et Hate List de Jennifer Brown, tous deux formidables. On peut retrouver mes coups de cœur et sources d’inspiration sur mon blog :

http://mariediazillustratrice.blogspot.fr/

Bienvenue chez Flanagan Tailleur de Rêves !

Je tiens à remercier une nouvelle fois  Marie Diaz pour son enthousiasme, ainsi que sa disponibilité, à nous faire partager son univers. Pour suivre son travail, je vous encourage à aller sur son site  !

 

Chronique sur La Reine des Glaces ICI

©  Les Chroniques de Mlv 11-09-13