Dans le faisceau des vivants – Valérie Zenatti

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Dans le faisceau des vivant – Valérie Zenatti – Éditions de l’Olivier

« Dans le faisceau des vivants » de Valérie Zenatti est un livre particulier, un texte sur le désarroi qui a été le sien à l’annonce de la mort d’Aharon Appelfeld, le grand auteur israélien dont elle est la traductrice depuis de nombreuses années.

Choquée par cette nouvelle qui la cueille alors qu’elle s’apprête à prendre un avion pour Tel-Aviv, afin de rendre visite à son ami hospitalisé, la romancière entame alors un voyage troublant, dans lequel la voix, les textes d’Aharon Appelfeld, sa vie,  résonnent à chacun de ses pas.

Comment continuer son propre chemin alors qu’un être cher vient de vous quitter ? En partageant sa douleur, les silences et les mots échangés avec l’homme qu’elle admirait, son parcours d’adolescente déracinée jusqu’à sa rencontre avec les textes du grand écrivain, Valérie Zenatti va au bout d’une autre quête, celle de comprendre et éteindre ce tremblement intérieur qui ne la quitte pas. C’est en explorant   Czernowitz, là où le destin et la folie des hommes ont brisé l’enfance du petit Erwin -devenu plus tard Aharon- que son voyage s’arrêtera, afin de laisser la place à un autre chemin, celui à écrire sans la présence bienveillante de son ami écrivain.

Livre après livre, la plume de Valérie Zenatti continue de me toucher et je ne peux que vous encourager à découvrir ce livre si particulier qu’est « Dans le faisceau des vivants ». Un texte fort sur ce lien unique entre deux êtres. Un livre qui donne envie de (re)découvrir l’oeuvre de Aharon Appelfeld sous la traduction de Valérie Zenatti.

Ce livre a reçu le PRIX ESSAI 2019 de France Télévisions

 

Extrait :

« Écris, continue d’effleurer les tendons et les nerfs les plus sensibles en toi, ne cherche pas à être trop intelligente, ne sois pas trop modeste non plus, sois simplement toi, et ne laisse personne t’empêcher d’aller là où tu sens que tu dois aller.« 

© Un Livre après l’autre

Badenheim 1939 – Aharon Appelfeld

Badenheim 1939 A Appelfeld

4ème : « Le printemps était de retour à Badenheim. On entendait carillonner les cloches de l’église proche de la ville. les ombres de la forêt battaient en retraite » : dans cette jolie petite station thermale autrichienne où il fait bon vivre, on se prépare joyeusemnt à accueillir le festival de musique organisé par le docteur Papenheim. Les vacanciers envahissent les rues, les artistes répètent, les jardins sont en fleurs. Pourtant, en ce printemps 1939. La présence d’un étrange « service sanitaire » intrigue et bientôt inquiète… Imperceptiblement, Badenheim se métamorphose et l’angoisse prend le pas sur l’insouciance. »

Ce livre laisse des traces. Il m’a fallu du temps avant de pouvoir vous en parler ici. C’est un roman qui vous emporte avec son ton crescendo, un livre dans lequel l’Histoire s’installe en détruisant tout sur son passage. Badenheim, ses habitants, ses invités, sont tous rattrapés par ce « service sanitaire » qui se veut rassurant -pour certains. Ce lieu paisible, cet endroit convivial où tous peuvent se retrouver autour d’un même plaisir, celui de venir écouter de la musique dans l’insouciance du printemps, va être transformé, peu à peu, par des notes cruelles. Celles-ci vont s’infiltrer dans les différents lieux de la ville, s’installer dans les maisons, prendre possession de chaque personne, insidieusement.

L’auteur décrit de manière poétique -ou implacable- chaque assaut qui étouffe un peu plus la population, et défigure Badenheim. Ce style nous laisse la gorge serrée, et lorsque les dernières lignes apparaissent, bien qu’elles étaient évidentes -malheureusement, je le savais dès le début de ma lecture-  je n’ai pu que sursauter face à la barbarie, mais aussi, à l’ignorance.

Un livre à lire, absolument.

© Les Chroniques de Mlv 04-09-2013

© Un livre après l’autre