Les Étés de Grande-Maison – Nathalie de Broc

Les Étés de Grande-Maison – Nathalie de Broc – Éditions Presses de la Cité (2019)

«Les Étés de Grande-Maison» est un roman captivant dans lequel Nathalie de Broc tisse le destin d'une petite fille en 9 étés. Ceux qu'elle partage avec sa famille bretonne, ceux durant lesquels elle observe la lente explosion de cette famille qu'elle ne côtoie que deux mois dans l'année, au cœur d'une demeure bourgeoise : «Grande-Maison». 

Le roman commence avec le 11 septembre 2001. Nina ne répond pas à un appel téléphonique...

Flash-back : Nina vit en banlieue parisienne. Sa mère travaillant et vivant à Londres, c'est Mamita qui s'occupe d'elle toute l'année, sauf pendant les deux mois d'été. Deux mois précieux que la petite fille attend avec impatience, car elle y retrouve sa famille maternelle :  les Bremeur-Duval. Au cœur du domaine familial de  «Grande-Maison», Nina retrouve Claude sa cousine, Bon-Papa, Bonne-Maman, oncles et tantes, mais surtout sa flamboyante Tante Sacha, avec laquelle elle entretient un lien indéfectible. Fascinée par cette famille superficielle qui ne se mêle à personne, ne tolère ni écart de conduite, ni écart de langage,  Nina tente de s'adapter, de comprendre...et affronte son propre chemin, fait comme celui des Bremeur-Duval de non-dits, de secrets, de colères et de violences larvées. 

Formidable fresque familiale, Les «Étés de Grande-Maison» est le roman parfait pour échapper au flux actuel d'annonces plus sombres les unes que les autres. Embarquer vers la Bretagne et cette splendide demeure de «Grande-Maison», c'est découvrir au rythme de la grande Histoire les crises de jalousies, les joutes verbales, le goût du «paraître», celui des dîners où les tenues correctes sont exigées, sans oublier le besoin d'émancipation de certains membres des Bremeur-Duval, pour survivre ;  sans oublier de belles histoires d'amour...

Au final, un roman avec un petit côté «Dowtown Abbey breton» que je vous conseille vivement, si vous ne l'avez pas encore lu !

Je vous donne rendez-vous dans quelques jours, pour découvrir une interview de Nathalie de Broc !

 Lundi 6 juin 2022

Les ailes collées – Sophie de Baere

Les ailes collées – Sophie De Baere – éditions Jean-Claude Lattès

Juillet 2003 : Paul épouse Ana. Jeunes mariés et futurs parents, ils sont tout à leur bonheur. Soudain, au milieu du cercle restreint assistant à la cérémonie, des invités font leur entrée. Une surprise d'Ana pour son mari. Au cœur de ce petit groupe, Joseph apparaît, vingt après avoir disparu de la vie de Paul. Celui-ci chancelle, les souvenirs douloureux assaillent sa mémoire. L'été 1983 revient le hanter...

De la rencontre de Paul et Joseph aux drames qui vont se succéder, Sophie de Baere explore avec brio plusieurs territoires : celui du couple (le couple de Blanche et Charles est saisissant) de la famille avec ses non-dits, de la place de chaque enfant dans une famille (Cécile, la petite sœur va subir par ricochet la violence familiale et scolaire), de l'addiction, de l'école avec le harcèlement scolaire, celui de l'adolescence, de l'impossibilité de parler, des signaux qui n'alertent personne, au cœur de ces années 80, alors que le Sida faisait son apparition.

Avec les destins mêlés de la famille Daumas et de Joseph Kahn, ce sont mille émotions qui jaillissent. Paul prend une machine à remonter le temps, égrainant les moments de douleur, de désespoir, d'humiliation, au cœur de son chaos intérieur,

Comment vous parler du final déchirant dans lequel les mots de Joseph nous laissent les joues et les yeux mouillés, mais dans l'espoir que Paul puisse avancer de nouveau ?...

Vous ne ressortirez pas indemnes de la lecture du troisième roman de Sophie de Baere  «Les ailes collées», car Joseph et Paul sont de ces personnages qui ne nous quittent pas une fois le livre refermé. Ils peuvent être nos fils, nos frères, nos neveux, nos cousins, ceux que nous avons envie de prendre sous nos ailes, de protéger des harceleurs et de cette violence constamment infligée à celui ou celle qui est «différent (e)».

Extraits :

«C’est trop fatiguant de n’avoir ni branches ni racines. Dans l’existence, il faut parfois faire table rase de sa propre histoire pour pouvoir devenir quelqu’un, rejoindre une vie qui attend.»

«Il ne froisserait pas les mots doux du début, il les garderait en vie.»

«Paul est en train de réaliser avec douleur qu’il est faux de dire que le passé, c’est le passé. En réalité, les souvenirs contiennent déjà l’avenir ; ils s’y diluent et, de leurs yeux rouges et mouillés, le colorent. L’avenir n’est pas une page blanche.»

«Tu vois,te regarder en ce moment, c’est un peu comme observer un robinet qui fuit et ne rien faire. Tu sais d’avance qu’il va forcément y a voir un jour où tu devras t’en occuper mais tu fais l’autruche et tu ne répares pas. Alors la question est toujours la même dans ces cas-là : combien de temps avant que les dégâts, Paul ? Combien de temps avant que les dégâts soient irréversibles ? »

«Il fait croire que tout peut toujours recommencer».

Lundi 7 février 2022 –

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FA(M)ILLE – Audrey Dana

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Fa(m)ille – Audrey Dana – Édition des Équateurs

« Fa(m)ille » un récit drôle, bouleversant et intime,  de la rencontre entre ses parents -dans un cercle de jeux- aux jours heureux en bord de Marne, jusqu’à la promesse paternelle d’une nouvelle vie à « Maryland »,  Audrey Dana remonte le fil de ses souvenirs d’enfance, ceux-ci vous prennent aux tripes dès les premières pages, vous happent littéralement au cœur de cette famille bancale et attachante.

Entre rires et larmes, les années s’égrènent, « Maryland » ne devient jamais le paradis promis, mais un enfer au quotidien, dans lequel l’adolescente tente d’échapper aux prédateurs et autres oiseaux de mauvais augures vivant sous le toit familial…

Sans jamais tomber dans le pathos, Audrey Dana raconte ses années « en roue libre »,  ce père vénéré -aimant, mais absent- cette mère fantasque et laxiste,  cette Grande Sœur Lumière (seul repère familial),  ses déchirements, ses blessures, son envie d’être comédienne, également ; puisant dans cette enfance singulière, la volonté d’accomplir son rêve, avec ses propres codes.

« Fa(m)ille » est un livre à découvrir absolument, si cela n’est pas déjà fait !

© Un Livre après l’autre

 

Les terres saintes – Amanda Sthers

 

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Les terres saintes – Amanda Sthers – Editions Stock

 

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Le 16 janvier, « Holy lands » est sorti au cinéma, une version cinématographique du roman d’Amanda Sthers. J’avoue, j’attendais ce film avec impatience.  Je vous propose de retrouver, ci-dessous, la chronique (synthétisée) que j’avais écrite et publiée en mai 2011,  sur un ancien support virtuel.

 

« Ayant apprécié l’écriture d’Amanda Sthers lors de la lecture de son premier récit : Ma place sur la photo, j’ai eu l’opportunité de proposer ce livre en achat à la Médiathèque. Ma proposition ayant été retenue, j’ai eu la chance de pouvoir le lire en priorité. Une lecture bouleversante.

L’histoire : La famille Rosenmerck : Le père Harry, la mère Monique, la fille Annabelle et le fils David, échangent des mails, des lettres… Harry ne parle plus (et n’écrit pas) à son fils depuis qu’il a découvert l’homosexualité de celui-ci, Monique tente de parler avec sa fille en cachant (maladroitement) sa préférence pour son fils, écrit à  Harry son ex-mari pour lui parler de leur fils, et du temps qui passe… Annabelle, elle, se débat avec un chagrin d’amour trop collant, et se confie -un peu trop parfois- à son frère. De son côté, Harry entretient une correspondance avec un rabbin, Moshe, qui lui reproche sa nouvelle activité.

{….} Ce livre m’a émue. C’est  une lecture forte.

{…}

Comme le dit si bien Cécile, ce livre est avant tout « une ode à l’amour » car chaque relation épistolaire n’est qu’une façon d’exprimer son amour, maladroitement (Monique/Annabelle), touchante (David/Harry) ou de façon humoristique/sarcastique  (Harry/Mosche). Alors, lisez ce livre, et n’oubliez pas de dire à qui vous voudrez, que vous (l’) (les) aimez…. »

 

© ma librairie virtuelle mai 2011

© Un Livre après l’autre

 

Ma vie de saint – François-Xavier Delmas

 

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Ma vie de saint – François-Xavier Delmas – Éditions Anne Carrière

Extrait :

« Monsieur, pourquoi n’écrivez-vous pas un livre sur Saint François-Xavier ? me lance un jour mon père. Vous portez son nom. Vous êtes Basque. Et vous avez voyagé en Chine, au Japon, en Inde. Comme lui. »

 

Afin de donner à ce père distant, violent -parfois- l’attention qu’il attend de lui,  l’auteur se lance dans un périple,  celui qui le mène sur les traces de ce Saint dont il porte le nom ; en parallèle de la vie de son illustre homonyme, il met en lumière son enfance, dans cette famille si particulière qui est la sienne, sa construction, son parcours intime.

« Ma vie de saint » est un premier roman à la plume touchante, drôle, grinçante, qui entraîne le lecteur dans les brûlures de l’enfance, celles qui donnent des envies « d’ailleurs »,  celles qui conduisent vers un chemin de vie atypique…

Un premier roman à ne pas manquer !

François-Xavier Delmas est le créateur de Le Palais des thés. Vous pouvez le retrouver sur son blog  https://www.chercheurdethe.com/

© Un Livre après l’autre

La gouvernante suédoise – Marie Sizun

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Des lumières suédoises aux ombres de Meudon, «La gouvernante suédoise» est une magnifique fresque dans laquelle Marie Sizun s’empare de ses aïeux, et d’un secret familial.  Avec  le peu d’éléments en sa possession, la romancière remonte le temps, imagine la vie de Hulda et Léonard Sézenneau. De la rencontre entre le riche négociant et la jeune femme jusqu’à leur installation ; de l’arrivée des enfants jusqu’au choix de la gouvernante embauchée, Livia, d’origine suédoise, comme Hulda. Commence alors pour Hulda, Léonard et Livia, une vie de secrets, de fascinations, de doutes, de trahisons, loin de celle, parfaite, souhaitée par les conventions sociales.

Page après page, l’auteure tisse les fils d’une somptueuse broderie, où chaque teinte choisie fait vivre, vibrer ou dépérir les protagonistes.

Splendide épopée entre deux pays, cette histoire vous happe dès les premières pages !

Un livre à ne pas manquer !

 

© Les Chroniques de Mlv – 23-03-2017

© Un livre après l’autre

J’ai rendez-vous avec toi – Lorraine Fouchet

J'ai rendez-vous avec toi Lorraine Fouchet

Lorraine Fouchet fait partie des auteurs dont on aime suivre le parcours. Rencontrée il y a plusieurs années à Saint-Malo, revue il y a deux ans à Vannes, j’ai eu le plaisir de la retrouver sur le stand des Editions Héloïse D’Ormesson au Salon du Livre de Paris, elle y présentait son seizième livre,  J’ai rendez-vous avec toi.

 

Un livre plus intime que les précédents. Un récit tout en humour et tendresse, dans lequel une femme « rencontre » son père grâce à la magie de l’écriture. Lorraine Fouchet nous embarque dans un magnifique voyage de 267 pages. Elle y mélange très habilement son histoire personnelle à celle d’un homme au parcours exceptionnel : son père. Christian Fouchet a été le premier à s’engager auprès de Charles De Gaulle, un jour avant l’appel du 18 juin 1940, pour écrire l’Histoire. Les carnets de Christian Fouchet sont des bijoux, ils lui permettent de mieux connaître celui qui a croisé la route de nombreuses personnalités au destin hors du commun : Saint-Exupéry, Alexandra David-Néel, Malraux, mais aussi de découvrir les engagements, les amitiés, nés de ce parcours politique à haut risque, parfois. La romancière livre un témoignage bouleversant, celle de la femme qu’elle est devenue, en conversant avec son père. Son parcours, ses choix, -l’absence de celui qui aurait pu la guider- mais aussi ses erreurs d’enfant, le tout y est raconté avec pudeur. Des phrases qui touchent lorsque l’on sait combien se construire, grandir, peut être difficile et douloureux, sans la présence de son père. Jamais larmoyant, ce tête-à-tête littéraire entre un père et sa fille, mélange l’histoire et l’Histoire, avec beaucoup de subtilité. Un récit touchant, fort, captivant, à lire absolument !

 

Rendez-vous demain…

 

© Les Chroniques de Mlv 30-03-2014

© Un livre après l’autre