Rencontre avec Cathy Bonidan !

Cathy Bonidan – Photo droits réservés A. Isard.

Institutrice en Bretagne, Cathy Bonidan est également romancière. Elle signe avec «Victor Kessler n’a pas tout dit» un troisième roman puissant. Je la remercie infiniment pour avoir accepté mon invitation, ainsi que pour sa disponibilité. En ce lundi matin d’une nouvelle semaine de confinement, prenez votre tasse de thé, ou de café, installez-vous confortablement, et découvrez l’interview ci-dessous !

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Un Livre après l’autre :  Bonjour Cathy, l’écriture de votre premier roman « Le parfum de l’hellébore » était-elle liée à un évènement particulier ? (Professionnel ou privé)

Cathy Bonidan : Non. Je ne crois pas qu’il y ait eu d’événement particulier en amont du roman. Pour le Parfum comme pour les livres qui l’ont précédé, il s’agissait juste d’inventer une histoire avec quelques personnages que j’avais en tête. La seule différence, c’est que ce roman a été le premier à être lu. Jusque-là, j’écrivais sans lecteurs et d’ailleurs, je ne me relisais même pas. Quand un livre était terminé, je me lançais dans un autre, de façon boulimique, comme je le fais en tant que lectrice. Alors il y a sans doute une multitude de raisons qui m’ont poussée à sauter le pas à ce moment-là, mais je n’en vois pas une qui mérite d’être mise en avant.

Par contre, il y a souvent un élément déclencheur. Pour Le Parfum, ce fut une phrase : « Tout le monde pensait que c’était impossible. Il est venu un imbécile qui ne le savait pas et qui l’a fait. ». En découvrant cette citation de Marcel Pagnol, j’ai imaginé le centre psychiatrique et la rencontre entre un jardinier bourru et simple (Serge) et un enfant autiste (Gilles). J’avais depuis un certain temps l’envie de placer un jeune autiste au cœur d’une fiction, en laissant graviter les autres personnages autour de lui, mais sans jamais lui donner la parole, ni m’immiscer dans ses pensées. Cette phrase a lancé le cadre et la suite est venue au fil des pages…

Il y a sans doute des liens entre mes romans et ma vie, mais de façon ponctuelle. Quelques détails de mon environnement qui apparaissent dans une scène, un personnage secondaire qui évoque une personne croisée, ou des lieux connus ou liés à mon enfance qui s’invitent parfois malgré moi… Et puis surtout, bien sûr, les émotions, qui elles, sont réelles et se déchargent sur la page.

Un Livre après l’autre : Quelle est la genèse de votre troisième roman « Victor Kessler n’a pas tout dit » ?

Cathy Bonidan : « Victor Kessler n’a pas tout dit » est né de la rencontre de deux personnages que j’avais imaginés bien avant de me lancer dans l’écriture de cette histoire. Victor, un instituteur condamné à trente ans de prison le meurtre d’un enfant, m’est apparu un soir alors que j’étais arrêtée à un feu rouge et que j’observais un vieil homme traverser devant ma voiture. Bertille, une femme timide et perturbée par un passé envahissant, a surgi dans la galerie d’un supermarché alors que je faisais mes courses quelques jours avant Noël.

Ensuite, j’ai juste organisé leur rencontre. Après la première scène dans la grande surface, l’histoire s’est construite presque toute seule. Comme d’habitude, j’ai travaillé sans plan, sans projet d’écriture. Je ne savais pas comment évoluerait le roman. Il s’avère que l’histoire policière s’est imposée au fil des pages, mais je l’ignorais au début. C’est vraiment ce qui fait le plaisir d’écrire, ce suspense qui me laisse en interrogation à chaque interruption et qui me pousse à me remettre devant la page blanche pour découvrir ce qui va se passer dans le chapitre suivant et ce qu’il va advenir de chaque personnage…

Un Livre après l’autre : La région des Vosges sert de décor à ce roman. Avez-vous un lien particulier avec cette région ?

Cathy Bonidan : Non, aucun. Ce lieu est arrivé par hasard, au bon moment. J’ai appris que le prix de la Nacre avait été décerné à mon premier roman par un groupe de médiathèques de la région de Saint-Dié-des-Vosges alors que je commençais à écrire « Victor Kessler n’a pas tout dit ». J’ai pris ça comme un signe et j’ai cherché des images de Saint-Dié-des-Vosges sur Internet. Je suis tombée sur des photos qui m’ont inspirée, j’ai choisi des sites réels auxquels j’ai donné des noms fictifs et c’était parti…

J’étais allée en vacances dans la région lorsque j’étais jeune, mais ça n’a pas influencé mon choix. Quant à l’affaire Grégory, je n’ai réalisé que plus tard qu’elle s’était déroulée à proximité. C’était aussi un hasard, mais tellement gros qu’il était difficile de ne pas l’évoquer dans le roman. Depuis, j’ai été invitée à Saint-Dié-des-Vosges, et lorsque je suis arrivée sur le parvis de la gare, c’était une impression très forte, celle de rentrer dans mon roman, de donner vie aux personnages…

Un Livre après l’autre : Comment conciliez-vous votre métier d’institutrice avec celui de romancière au quotidien ?

Cathy Bonidan : Je ne concilie rien du tout car mes mondes sont bien séparés. D’abord, il y a mon métier, prioritaire, car c’est lui qui occupe la plus grande partie de mon temps et qui me nourrit. Ensuite, je garde des moments pour moi, en général pendant les week-ends et les vacances scolaires, pour donner libre cours à mon imagination. Ce sont deux mondes totalement distincts. Lorsque j’écris, j’oublie mon métier. Quoique… je vous vois sourire. Il est vrai que ce n’est pas si évident dans le dernier roman où le monde de l’école est tout de même bien présent. 😉

De la même façon, lorsque je suis en classe, je ne pense pas à l’écriture ni à mes livres. Il s’agit d’un loisir, ce que représentent sans doute le sport et la musique pour d’autres. Pour l’instant, je ne le vois pas comme un métier.

Un Livre après l’autre : En tant que lectrice, avez-vous des romans ou des auteur(e)s fétiches ?

Cathy Bonidan : En tant que lectrice, j’aime découvrir de nouveaux auteurs et me laisser guider par les coups de cœur des libraires ou par mes errances dans les allées des bibliothèques (lorsqu’elles sont ouvertes). Mais j’avoue guetter les romans de Tracy Chevalier, d’Anna Hope, d’Antoine Laurain, de Jean-Philippe Blondel, d’Anna Gavalda, de Muriel Barbery, de Joël Dicker, de Michel Bussi et de beaucoup d’autres.

Sinon, il y a eu les révélations de jeunesse : des auteurs comme Agatha Christie qui m’a happée dans son univers alors que j’entrais au collège. D’autres qui m’ont bouleversée lorsque je les ai découverts au lycée : Camus, Baudelaire, Sartre, Hugo, Stendhal, Dickens, Austen, Gaskell et tant d’autres… Ceux-là gardent une place à part, celle des écrivains. La musicalité de leur écriture m’est nécessaire et j’ai besoin de la retrouver régulièrement entre deux lectures plus actuelles.

Un Livre après l’autre :  Le confinement actuel est-il propice à un nouveau projet littéraire ?

Cathy Bonidan : Pour moi, ce confinement est très différent du précédent puisque les instituteurs ne sont pas passés en télétravail. Donc, même si je sais que nous sommes en confinement, je n’en ressens pas la réalité dans mon emploi du temps. Je continue à écrire le matin pendant le week-end et à garder les après-midis pour préparer la classe. Les autres jours, je suis avec mes élèves.

Dans mon cas, ce qui est propice à un nouveau projet littéraire, c’est la saison : toujours l’automne. Les jours qui diminuent et le brouillard matinal sont favorables au lancement d’une nouvelle intrigue. Curieusement, je n’imagine pas commencer un roman en été et surtout, ne me demandez pas pourquoi, car je n’ai jamais réfléchi à cette question… 😊

Je vous invite à lire « Victor Kessler n’a pas tout dit« , si cela n’est pas déjà fait ! Quant à Cathy Bonidan, vous pouvez échanger avec elle via sa page Facebook et Instagram.

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