Rencontre avec Fanny Saintenoy !

Son premier roman Juste avant était une pépite. Le troisième s’intitule Les Notes de la Mousson,  dedans, il y a des odeurs, des bruits, des couleurs, le tout donne une histoire bouleversante. Fanny Saintenoy y déclare son amour à l’Inde, un pays envoûtant. Elle a gentiment accepté mon invitation, je vous laisse donc en sa compagnie, et vous conseille d’écouter la musique qu’elle nous offre avec cette interview. 

Fanny Saintenoy photographiée par Sébastien Canot pour Versilio

Les Chroniques de Mlv : Bonjour Fanny, merci d’avoir accepté mon invitation. Avant d’évoquer votre roman Les Notes de la Mousson, pouvez-vous nous dire comment l’écriture est entrée dans votre vie ?

 Fanny Saintenoy : Merci à vous.  L’écriture est entrée dans ma vie sûrement par la lecture d’abord, mais plus précisément ensuite par les lettres, la correspondance. C’est dans cette forme-là que j’ai commencé à écrire, raconter, décrire … c’est une bonne école, un biais qui n’est pas impressionnant.

Les C. de Mlv : Pouvez-vous nous présenter Les Notes de la Mousson ?

F. S.  : J’ai eu ce livre en tête pendant des années … après mes premiers voyages en Inde. C’est une histoire entièrement inventée contrairement à mon premier roman : celle de trois personnages principalement, un petit garçon qui comprend que son paradis d’enfance à Pondichéry va s’obscurcir, une jeune femme, sa mère, qui se sent perdue et qui est à la recherche de son passé, et une femme seule et vieillissante à Paris qui ne pense qu’à l’Inde. Au fil des chapitres on comprend quels sont les liens étroits qui les relient.

Je voulais raconter une enfance parfaite qui s’achève, celle peut-être dont j’aurais rêvé pour moi. Autour de ce tableau contemplatif se sont construits une histoire de famille, de racines et d’exil, et enfin ce drame cruel qui vient tout encercler … j’ai parfois le sentiment que le livre s’est monté presque sans moi, pierre par pierre. C’est un livre mélancolique, lumineux et sombre à la fois. C’est aussi une déclaration d‘amour à un pays qui me hante depuis vingt ans.

 

Les C. de Mlv : Une des scènes les plus fortes du livre est celle où Galta est sous la         pluie, au milieu de la cour. Une scène dans laquelle transparaît  l’urgence  pour elle     de se sauver de la situation qui l’étouffe, de trouver des réponses à ses questions.       Comment cette scène est-elle née ?

F. S : Elle est née peut-être d’une urgence pour le livre … à un moment où moi-même j’étais perdue dans l’écriture,  il fallait que je me sauve comme elle, et que je sauve l’histoire … c’est venu par instinct. Finalement c’est le pivot du livre.

Et puis il y a une part de vécu j’ai beaucoup fait ça, m’accroupir à l’indienne … j’aimais cette position. Et j’ai, pour la mousson, une passion débordante, cette pluie a un effet très puissant, surtout quand on l’attend des jours en crevant de chaud … c’est une libération. J’avais envie de transcrire et d’intégrer ces sensations-là. Je trouvais qu’elle accompagnait bien le sentiment de vertige et de basculement.

Les C. de Mlv : La musique est présente dans ce livre à travers le personnage de   Lalchen, bien sûr,  mais aussi par celle écoutée par Angèle. Quel rôle joue la musique         dans votre vie ?

F. S. : Un rôle capital, la musique ne me quitte jamais. J’en ai joué beaucoup,  je chante dans une chorale, j’en écoute tous les matins dans le métro au casque (sinon je n’irais pas bosser je crois).

Le personnage de Lalchen est né d’un grand violoniste indien qui s’appelle Subramaniam, il m’avait beaucoup impressionnée en concert. J’ai pénétré tout doucement dans l’univers de cette musique qui s’apprivoise pas à pas. Ce pays ne s’appréhende pas sans sa musique, elle est partout. J’ai voulu que ce soit aussi un des liens forts entre Angèle et les indiens, que la musique soit le liant pour toute l’histoire, jusqu’à prendre la place du titre.

En pj je vous propose une musique indienne moderne que j’ai écoutée énormément pour écrire, en quelque sorte c’est la B.O du livre.

Les C. de Mlv : Une romancière est également une lectrice. Quelle place à la lecture  dans votre vie ? Avez-vous des auteurs, des registres, des titres fétiches ?

F. S : La lecture a une immense place, je lis tous les jours,  je ne peux pas m’endormir sans lire, ne serait-ce que trois pages. Je m’oblige à alterner si possible un roman et un autre type d’écriture, analyse, récit, poésie, correspondance, biographie … pour ne pas me saturer d’histoires, pour découvrir un maximum de registres.

Il y a des auteurs qui me sont plus chers que d’autres évidemment, Erri de Luca, Céline, Yourcenar, Vassili Grossman, Charlotte Delbo, je pourrais en ajouter des dizaines …

Bizarrement jusqu’à 20 ans à peu près, je n’ai lu que « des classiques », aucun auteur contemporain … je pensais que j’avais suffisamment à faire avec eux.

Je lis beaucoup plus de littérature étrangère que française, par habitude, par curiosité. L’immense consolation qu’apporte la lecture est qu’on n’en aura jamais fini, même si la production s’arrêtait demain. Et si un jour je n’avais plus rien d’un seul coup, j’aurais toujours un vieux poche pourri à récupérer, c’est une assurance qualité de vie, pour moi, les livres.

Les C. de Mlv : Je vous remercie pour votre disponibilité, et vous pose une dernière        question : travaillez-vous déjà sur un nouveau roman ?

F. S. : Je travaille sur un prochain livre depuis quelques mois, qui ne sera pas un roman.  J’écris ce que j’appelle des mini nouvelles, j’expérimente le « Haïku de la nouvelle », cette forme hyper courte me fait un bien fou, c’est une grande liberté.

Les notes de la mousson fs

Vous pouvez vous procurer Les Notes de la Mousson, depuis aujourd’hui.

 

© Les Chroniques de Mlv – 09-04-2015

© Un livre après l’autre

Les Notes de la Mousson – Fanny Saintenoy

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Les Notes de la Mousson est une balade qui commence avec des odeurs, des couleurs, des bruits, à travers le récit des préparatifs d’un mariage. Un conte de fée, celui d’une princesse qui va épouser son prince ; un enfant viendra combler le tableau, idyllique. Le tout sous les yeux de Ahmma, une femme dévouée qui se glisse là où l’on a besoin d’elle. En l’occurence, près de Kanou, le petit prince.

À Paris, Angèle survit dans une fausse forteresse, en exerçant un métier qui lui permet de combler son manque affectif ; elle donne de l’amour, du réconfort, des petites -et grandes- attentions aux enfants, telle une maman, celle qu’elle a été un jour, qu’elle sera, toujours. Lorsque les portes de l’école se referment, elle plonge à nouveau dans ses souvenirs, ceux qui la ramènent en Inde, son pays.

Avec légèreté, Fanny Saintenoy alterne les voix, tisse les liens entre les personnages, décrit la solitude d’Angèle, celle de Galta, et l’inquiétude de Kanou, un enfant qui grandit, découvre les soubresauts du cœur, ainsi que les décisions d’adultes lorsqu’il faut se sauver d’une situation insupportable. Partir la tête haute, après avoir tout donné, car la vie impose certaines décisions -parfois-  comme elle le fera avec Galta.

Lorsque le rideau tombe, la chute est effroyable, l’auteur nous montre que dans ce pays envoûtant, le racisme frappe, et impose à chacun de respecter son rang, celui qui lui est attribué à la naissance. Fanny Saintenoy nous livre ici un (court) roman bouleversant, une ode à la vie.

 

 © Les Chroniques de Mlv – 03-04-2015

© Un livre après l’autre